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Les bourses d’études sous la menace des plans d’austérité

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Date: 
14.11.2013
Media: 
24 heures

Les bourses d’études sous la menace des plans d’austérité

Formation Le gouvernement valaisan prévoit de réduire les soutiens destinés aux jeunes en formation. Une rigueur financière qui pourrait faire tache d’huile

La colère gronde chez les étudiants. En Valais, les bourses sont touchées de plein fouet. Dans le projet de budget 2014 du gouvernement valaisan, la somme destinée à ces soutiens financiers sera de 16,2 millions de francs, soit une réduction de 3,5 millions par rapport à 2013. Une baisse record. 

«Il y a du monde pour couper le ruban quand l’EPFL arrive en Valais mais personne pour défendre la formation lorsqu’on parle d’argent, ironise le conseiller national Mathias Reynard (PS/VS). Le nombre d’étudiants valaisans croît et le canton veut devenir universitaire. Il faudrait augmenter les moyens plutôt que de les réduire. » A Sion, le Grand Conseil accueille fraîchement la proposition de l’exécutif. Alors que le débat de détail se tiendra en décembre, le Parti socialiste organise la riposte. Un amendement sera déposé, des flyers seront distribués dans les écoles et une campagne de mobilisation sur les réseaux sociaux est organisée. 

«Pour l’instant, je n’ai aucune chance devant le plénum avec ce projet, estime le conseiller d’Etat en charge du dossier, Oskar Freysinger. Je vais mettre le parlement face à ses responsabilités: je suis coincé car je dois économiser, mais rien ne passe!» Selon le ministre, «aucune mesure n’est bonne». Mais les coupes dans les bourses sont la solution «la moins douloureuse», car les étudiants peuvent recourir aux prêts. 

La menace qui plane sur les étudiants valaisans n’est pas un cas à part. Selon l’Union nationale des étudiants de Suisse (Unes), plusieurs cantons, dont Genève, ont réduit les moyens alloués aux bourses ces dernières années. «Dans le même temps, des Hautes Ecoles ont augmenté leurs taxes, regrette Mélanie Glayre, membre du comité exécutif de l’organisation. Les problèmes se posent pour les personnes dont les parents sont trop riches pour avoir droit à des aides, mais pas assez pour soutenir leurs enfants. Une partie de la population risque d’être éloignée de la formation. »

L’Unes craint aussi que la proposition valaisanne ne fasse des petits. «Quand on mène une politique d’austérité, les budgets destinés aux bourses sont les premiers où l’on coupe», estime Mélanie Glayre. Des réductions, précise-t-elle, sont prévues à Schaffhouse et à Saint-Gall. Et Lucerne compte privatiser les prêts destinés aux étudiants qui n’obtiennent pas de bourse. Là, l’Unes redoute qu’on laisse sur le carreau les personnes qui ne choisissent pas des formations directement rentables, comme l’archéologie. 

Dans ce contexte, Vaud fait figure de bon élève. Les moyens alloués aux bourses y sont passés de 10,6 millions de francs en 1990 à 50,9 millions en 2010. Malgré tout, un projet de loi présenté la semaine dernière fait grincer quelques dents. Ce texte est neutre d’un point de vue financier. Mais deux changements sont critiqués par le syndicat SUD Etudiants. Les conditions pour être reconnu financièrement indépendant (on ne tient pas compte des moyens des parents) seront durcies. Et les requérants d’asile et les personnes admises provisoirement ne pourront plus bénéficier d’un soutien. 

Retrait de la Confédération «Nous assistons à un retrait de la Confédération dans ce domaine et à des coupes successives dans plusieurs cantons», résume Mathias Reynard. Pour appuyer son propos, le défenseur des étudiants dégaine les derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique. Les contributions fédérales versées aux Cantons s’élèvent à quelque 25 millions de francs par an, contre 100 millions en 1990. Dans le même temps, le montant total octroyé par les Cantons a diminué de 8%, en tenant compte de l’inflation. Le nombre de bénéficiaires a été réduit de 10% alors que celui des jeunes en formation a augmenté d’environ 30% ces dix dernières années. Résultat: 7,3% des personnes en formation post-obligatoire ont obtenu une bourse en 2012, le taux le plus bas depuis 1990. 

Les études deviendront-elles un luxe réservé aux nantis? Dans les rectorats, on critique également le système actuel. «Le niveau de la plupart des bourses est insuffisant pour mener des études à plein-temps alors que les formations sont toujours plus complexes, relève Jean-Dominique Vassalli, recteur de l’Université de Genève. Au-delà d’une certaine charge, un travail extérieur a un impact négatif sur les études. » Sa conclusion: «On tend aujourd’hui à s’approcher d’une situation dangereuse. »

«Environ 12% des étudiants sont dans une situation financière critique, renchérit son homologue lausannois, Dominique Arlettaz. Ils doivent pouvoir suivre des études normalement et dans un délai correct. » Le Vaudois, qui est membre du comité d’initiative de l’Unes(lire ci-dessous), estime que la Suisse est «relativement à la traîne» au niveau international. A ses yeux, le nouveau concordat intercantonal apporte toutefois des progrès. Reste que la Confédération devrait en faire davantage. Or, à Berne, le dossier s’enlise. 

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Philippe Latty
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