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Le RBI, la voix d’une génération

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Date: 
03.06.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

Les intentions de vote sur le revenu de base inconditionnel dessinent une fracture générationnelle. La promesse d’un nouveau contrat social a incité nombre de jeunes à s’intéresser pour la première fois à la politique

L’objectif est atteint. Quel que soit le résultat du vote sur le revenu de base inconditionnel (RBI) dimanche, les partisans de l’initiative ont avancé leurs pions. Ils ont «ouvert les consciences» et soutiennent cette certitude: un jour, la société suisse sera dotée d’un revenu inconditionnel. Bienfait collatéral non calculé, nombreux sont les jeunes qui, par le biais de cette initiative et la promesse d’un nouveau contrat social, se sont intéressés pour la première fois à la chose publique.

Lire l'éditorial : De quoi le RBI est-il le nom

Les intentions de vote de l’institut gfs.bern, publiés le 17 mai, prévoient un refus du RBI à 72%, mais dévoilent un fossé générationnel. Les 18-39 ans seraient à 36% «plutôt pour» un revenu de base inconditionnel, contre 27% de la catégorie des 40-64 ans, et 18% chez les aînés de 65 ans et plus. L’âge joue rarement un rôle dans les résultats de votes. Cependant, l’initiative populaire sur la caisse publique d’assurance-maladie en 2014 a séparé les jeunes (18-29 ans) qui ont voté oui à 57%, des plus de 65 ans qui l’ont accepté à seulement 32%. Même observation lors du vote sur l’achat des nouveaux avions de combat Gripen en 2014 que les jeunes ont refusé, alors que leurs aînés le plébiscitaient.

Un vote qualifié d’utopique

Aujourd’hui, l’idée d’un changement de paradigme séduit plus d’un tiers des jeunes, que les plus âgés traitent de joyeux utopistes.

La campagne en faveur du RBI a été l’occasion pour Florian Candelieri, âgé de 33 ans, de se frotter pour la première fois à la politique. «Je comprends la réaction épidermique des personnes plus âgées», avance le Chaux-de-Fonnier. «Cette votation remet en question leur vie, le système qu’ils ont suivi les yeux fermés. Certains se braquent, voient leur monde s’écrouler, c’est dur!» Le RBI serait en effet financé par une réaffectation des assurances sociales, par une ponction des salaires ainsi que par les profits des entreprises.

Sur le terrain, Florian Candelieri rencontre beaucoup de jeunes qui ne sont pas furieusement adeptes du projet, mais qui votent pour, de manière à donner un signal: celui d’une volonté de changement. «Je suis entouré de personnes qui travaillent à 100% mais se réalisent personnellement dans leurs engagements extra-professionnels. Cela pose la question du sens profond de ce que l’on fait chaque jour en se levant le matin. Travaillons-nous pour le bien commun ou pour que cela profite à certaines personnes seulement?»

Voter en faveur du RBI, c’est un moyen pour les jeunes de dénoncer le dysfonctionnement d’un monde professionnel mis en place avant leur naissance. Mais l’idée initiale ne prévoyait pas que le revenu de base devienne un substitut au travail. C’est ce que rappelle le politologue Pascal Sciarini. La somme de 2500 francs avancée par les dépositaires a pour lui faussé le débat et, si la votation passe un jour, ce sera de façon beaucoup plus modeste.

Et après?

L’idée du RBI ne mourra pas le 5 juin et ses défenseurs sont fiers que la Suisse soit le premier pays à voter sur l’inscription de cette loi dans la Constitution. «Les grandes avancées sociales, comme l’AVS par exemple, ne sont pas passées en une fois», soutient Virginie Jordan, 28 ans. «Il est inéluctable que le revenu inconditionnel est la solution pour le futur». La Veveysanne fait partie du collectif romand «Génération RBI» qui s’est créé en 2013, suite à la récolte de signatures de l’initiative. Une réunion du groupe est prévue jeudi prochain pour réconforter les troupes si l’initiative ne passe pas. «Nous avons pensé à des moyens alternatifs pour faire avancer l’idée d’un revenu inconditionnel. Des voies décentralisées, des initiatives associatives et citoyennes convaincront peut-être la classe politique que c’est la solution». «Génération RBI» soutiendra également l’initiative pour la monnaie pleine qui demande une émission monétaire provenant uniquement de la banque nationale.

La jeune éditrice de 27 ans, Noémi Schaub milite sur sa page Facebook en faveur d’un revenu de base qui permettrait à chacun de se réaliser pleinement dans sa passion. «On ne monte pas une maison d’édition (Paulette, ndlr.) pour gagner de l’argent. À côté de ce projet monumental, on travaille pour assurer le loyer et les factures. Souvent je pense au RBI, ça me permettrait de me consacrer à ce pour quoi je suis réellement compétente et motivée. Ça permettrait de reconnaître la valeur du travail que j’effectue». D’autres comme elle, font campagne sur les réseaux sociaux.

L’humoriste lausannois Thomas Wiesel a battu ses propres records avec sa chronique sur le revenu de base inconditionnel. 547 000 vues et près de 10’000 partages pour sa vidéo postée le 13 mai, c’est deux fois plus que pour le reste de ses publications. En voici un extrait: «Selon les sondages, ce sera chaud pour le RBI. D’autant que tous les partis sont contre, à gauche, comme à droite, sauf les Verts. Mais quand t’as que les Verts de ton côté c’est mal barré. C’est t’inscrire à Roland Garros avec une raquette de ping-pong. Tu pars pas favori!» Les résultats du match de l’un comme de l’autre auront lieu dimanche.

Personal info
Contributor: 
Mathieu Despont
Organisation, Media, etc: 
Le Temps