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La fin du travail

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Date: 
14.06.2014
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Léman Buzz
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La fin du travail

 

14 juin, 2014 / dans Politique

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Alors que le niveau du chômage dans la région lémanique demeure préoccupant, en témoignent ces articles récents relatifs au chômage à Genève ainsi que dans l’Ain et la Haute-Savoie, la situation en Europe ne prête guère plus à l’optimisme. Le nombre de chômeurs dans l’Union Européenneavoisine les 26 millions et a augmenté de près de 10 millions de personnes depuis 2007, ceci malgré une timide reprise économique.

Quels remèdes contre le chômage?

Depuis de nombreuses années, les politiques des différents pays occidentaux promettent à leurs électeurs des « jours meilleurs » et tentent au-travers de différentes mesures d’influer sur le niveau de chômage dans leurs pays respectifs. Ces mesures dites « actives » ont une efficacité relativement limitée en termes d’impact véritable sur l’emploi (en raison de la très faible contribution de certaines mesures ou à cause d’effets de déplacement), comme le démontrentplusieurs études. Dans d’autres cas, comme par exemple en Allemagne ou en Italie, ces actions conduisent à une précarisation du marché du travail au-travers d’une augmentation desworking poors et du travail temporaire subi.

Certains politiques, élus au début d’une phase de croissance économique, peuvent bien entendu donner l’illusion d’un impact de leur action politique sur l’économie, mais dans les faits, c’est bien la nature de l’économie globalisée qui dicte les conditions de l’emploi dans nos pays. Il serait alors tentant de s’en tenir à des mesures visant à garantir la croissance économique d’un pays pour assurer un niveau de chômage minimal et ainsi éliminer le problème. Si la croissance du PIB a bien un impact positif sur la diminution du chômage, il faut toutefois tenir compte d’un autre paramètre important, à savoir la croissance de la productivité, que l’on peut résumer ainsi:

Augmentation de l’emploi = Augmentation du PIB – Augmentation de la productivité

Un pays dont la productivité augmenterait aussi vite que sa croissance économique ne connaîtrait donc pas d’impact notable sur son niveau d’emploi. Hors, à quoi peut-on assister depuis de très nombreuses années? Justement à une augmentation de la productivité du travail, que ce soit via des nouvelles méthodes de travail, mais aussi et surtout grâce à une informatisation et une robotisation croissante.

Vers la fin de l’emploi

Dans les années 90, un ouvrage célèbre de Jeremy Rifkin prédisait déjà la fin du travail. Bien que ce livre fût critiqué en raison de nouvelles occupations issues du domaine informatique (métiers de l’IT, du multimédia), il n’en demeure pas moins que le nombre de postes issus de ces emplois nouveaux ne suffit de loin pas à remplacer les emplois détruits par cette automatisation. Plus inquiétant encore, de nombreux spécialistes prédisent que près de 50% des emplois seront bientôt remplacés par des machines, d’ici une vingtaine d’années. Certains secteurs, tels que ceux où le travail reste difficile ou trop coûteux à remplacer par une machine (soins aux personnes, hôtellerie, …) ou ceux liées aux nouvelles technologies (ingénieurs, informaticiens, biologistes, nano-spécialistes…) vont continuer à créer de l’emploi, mais sans permettre un remplacement numérique suffisant en termes de postes. De plus, tout le monde n’a pas la vocation de devenir ingénieur ou infirmière…

Il est donc relativement probable que l’on assiste actuellement à un bouleversement social qui résultera en la fin du travail tel qu’on l’a connu pendant de très nombreuses années.

Revenu universel, la solution?

Lors de l’avènement initial de l’informatique et des robots, de nombreux auteurs prédisaient une société dans laquelle le travail serait remplacé par des robots et la population pourrait vivre de façon heureuse dans une société des loisirs. C’était mal tenir compte de la propriété des moyens de production et de son impact sur la société. Trente ans plus tard, l’on assiste à un marché du travail dans lequel un nombre toujours restreint de personnes travaille toujours plus, alors que d’autres sont inoccupés ou sous-occupés, constituant ainsi un énorme gaspillage de ressources humaines. Dans une économie axée sur l’augmentation de la productivité, liée à une demande toujours croissante de profitabilité, l’on voit très mal comment la tendance actuelle à l’automatisation croissante serait freinée.

Tôt ou tard, nous allons faire face à un choix de société résultant du nombre croissant de personnes sans ressources économiques liées au travail. La criminalité étant étroitement corrélée avec la pauvreté, l’on pourra opter pour un monde toujours plus sécurisé, dans lequel ceux disposant de ressources seront obligé de vivre cloîtrés. L’alternative serait d’assurer un niveau de vie minimal à tous, permettant ainsi d’éradiquer la pauvreté, de financer certaines activités nouvelles et d’éliminer les nombreux et coûteux systèmes de sécurité sociale, ainsi que la bureaucratie qui y est associée. Cette idée, celle d’un revenu universel d’un base, mérite un examen en tant que solution possible au problème.

Bien entendu, il ne s’agit pas de fixer le niveau de ce revenu de façon à ce que de nombreuses personnes y trouvent une alternative au travail. Il ne doit pas s’agir d’une rente donnée sans condition, mais d’un montant permettant à toute personne de disposer de biens de base, tels que la nourriture, les soins et le logement. Certaines personnes pourront se contenter de ce minimum et vivre très simplement, mais la majorité cherchera toujours à travailler de façon à vivre une vie plus riche. La question du coût d’une telle mesure doit aussi être examinée en détail, mais n’est pas exorbitante si l’on tient compte du coût des diverses prestations sociales existantes (assurance chômage, retraites,  …).

Si le revenu de base vous a convaincu ou vous semble du moins une approche possible du problème, vous pouvez signer la pétition demandant à la Commission Européenne d’examiner cette idée plus en détail.

 

 

Personal info
Contributor: 
Mathieu Despont
Organisation, Media, etc: 
Léman Buzz