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Spéculation sur les matières premières, revenu de base: l’attrait trompeur des slogans

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Date: 
30.03.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

Spéculation sur les matières premières, revenu de base: l’attrait trompeur des slogans

L’initiative contre la spéculation sur les matières premières, comme celle demandant la création d’un revenu de base inconditionnel sur laquelle les Suisses votent en juin, repose sur des illusions, dénonce l’économiste Charles Wyplosz

Voici que, coup sur coup, deux votations s’en prennent aux principes économiques sur la base de mots magiques. La proposition sur la spéculation dans les marchés des matières premières a certes été rejetée, mais il semble que nombre d’électeurs ont sincèrement cru que c’était une bonne idée.

Les prix des matières premières fluctuent assez fortement, c’est un fait. Producteurs et acheteurs ont grand besoin de se protéger de ces fluctuations, et surtout des mauvaises surprises. Des prix qui grimpent, la mauvaise surprise est pour les acheteurs. Des prix qui baissent, ce sont les producteurs qui pleurent. La solution consiste à se mettre d’accord sur les prix longtemps à l’avance, des mois ou même des années. C’est ce qu’on appelle des contrats à terme. Ainsi producteurs et acheteurs savent à quoi s’en tenir et peuvent s’organiser en fonction de ces prix garantis.

Un simple mot ne peut tenir lieur de raisonnement

Mais comme les producteurs et les acheteurs ont peu de chance de se rencontrer et de se mettre d’accord directement entre eux, il faut que des intermédiaires fassent le lien, achetant aux uns et vendant aux autres. Ce faisant, ils prennent des risques car ils achètent ou ils vendent sans savoir à l’avance à quel prix ils trouveront preneur. Pour exister, ces intermédiaires doivent être rémunérés. Sont-ils des spéculateurs? Oui, bien sûr, ce terme concerne toute prise de risque en vue de faire un profit. Le terme a une connotation péjorative, mais la fonction est vitale. Les marchés de matières premières en ont besoin et ils se développent là où les «spéculateurs» assurent la fluidité des contrats. C’est que souhaitent aussi bien les producteurs que les acheteurs. Un simple mot, spéculation, ne peut tenir lieu de raisonnement. Il est surprenant que tant d’électeurs se laissent berner par un mot.

Il en va de même pour la votation sur le revenu universel. L’expression est attractive. Elle évoque la protection des personnes les plus défavorisées. Il faut un cœur de pierre pour s’y opposer. Hélas, ce n’est pas si simple, et c’est le danger de cette proposition. Un salaire remplit plusieurs rôles essentiels. Il permet de vivre, bien sûr, mais pas seulement. C’est aussi une incitation pour les employés à travailler en puisant sur leurs talents et leurs efforts et, au-delà, à se former, c’est-à-dire à investir du temps, des efforts et de l’argent à améliorer ses chances de trouver un emploi.

Le revenu assure la croissance

Pour les employeurs, c’est une incitation à couvrir les frais, et plus, en améliorant la production, en recherchant des nouveaux marchés, en formant le personnel et en investissant dans la recherche et le développement. Le revenu est au cœur de ce qui assure la croissance économique et donc l’élévation du niveau de vie.

En séparant le revenu de ces puissantes incitations, on brise un ressort essentiel. Et ce n’est pas de la théorie. Dans le système soviétique, chacun avait droit à un emploi et à un salaire. Les entreprises étaient «invitées» à fournir des emplois. Pour cela, elles recevaient des compensations de l’État, sous diverses formes. Les inventeurs du revenu universel n’ont rien inventé. Sans doute sans le savoir, ils reproduisent le principe de Marx: «à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses moyens». Ils devraient pourtant le savoir, pour se rendre compte des effets délétères de leur vision généreuse: efforts réduits au travail et entreprises déresponsabilisées ont conduit à l’appauvrissement général et, finalement, à l’effondrement du système.

Il reste le problème de la pauvreté de quelques-uns. Bien sûr qu’il faut aider les pauvres. Mais il faut aussi les inciter, s’ils le peuvent, à investir dans leur propre avenir. C’est à cela que sert le filet de protection sociale. On peut l’améliorer, mais c’est toujours une grave erreur de traiter un cas particulier, la pauvreté, en appliquant des mesures universelles.

Personal info
Contributor: 
Mathieu Despont
Organisation, Media, etc: 
Le Temps