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Les emplois

Depuis les années '60 et de plus en plus après cela, je n'entends que parler de création d'emplois, de chômage, d'interventions de l'état, de taux de croissance de l'économie, etc. Voilà des siècles que nous nous efforçons de faire faire le travail par des machines le plus possible et nous disposons maintenant des moyens de production extraordinairement puissants par rapport aux générations précédentes. Il est normal qu'il n'y ait plus autant de travail pour tout le monde. Soit il faut accepter le chômage, soit il faut réduire les heures de travail. Aucune de ces deux avenues ne serait pourtant satisfaisante.

Je pense qu'il faut d'abord et avant tout séparer revenu et travail. Cela va sans doute contre nos concepts, mais c'est une voie qui mérite d'être considérée. Je regarde partout autour de moi et plus loin encore et je vois un foisonnement de talents, de bonne volonté et de créativité qui ne peuvent éclore et profiter à la société à cause de la pression pour payer le loyer et se nourrir, et donc d'accepter un travail mal payé et n'employant pas les talents ainsi gaspillés. Il faut ouvrir la porte toute grande à la créativité et aux talents de chacun au lieu de continuer de vivre dans la peur! Ce n'est pas vrai que les gens sont paresseux, c'est une idée entretenue par ceux qui ont avantage à continuer de disposer d'un réservoir jusqu'à maintenant inépuisable de travailleurs obéissants, parce que désespérés. Il est temps de revoir quelque chose de fondamental et je ne vois aucun économiste, aucun politicien ni aucun commentateur faire preuve d'un peu d'audace et remettre en question ce qui doit l'être. Partout où le regard se tourne, il ne rencontre que le même désespérant manque d'imagination. Toujours le même discours usé à la corde depuis des décennies et voyez les résultats: rien. Albert Einstein définissait la folie comme le fait de toujours faire la même chose et en attendre un résultat différent.

Il y a quelque chose de fondamental à revoir sérieusement et pas seulement au Québec, mais partout, y compris dans l'Alberta tant vantée, qui ne fait que profiter temporairement du pétrole. Tôt ou tard, tout le monde devra remettre en jeu quelque chose de beaucoup plus profond que «le climat de confiance», les «investissements» et autres formules devenues insipides à force d'être psalmodiées à tout va depuis 50 ans pour exorciser une réalité qui refuse de se conformer à nos images. La réflexion me semble beaucoup plus avancée en Europe, particulièrement en Suisse ces temps-ci. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais le peuple suisse sera appelé à se prononcer par référendum sur l'inclusion d'un article dans la constitution helvétique stipulant que l'état fédéral devra s'assurer que chaque citoyen suisse reçoive un revenu mensuel suffisant pour lui permettre de vivre décemment et participer à la vie publique, autrement dit un Revenu de Base Inconditionnel (RBI). Le montant de 2500 CHF par mois est cité comme base de réflexion. L'initiative a été déposée vendredi dernier au parlement de Berne par ceux qui ont récolté 126 000 signatures vérifiées en faveur de cette initiative fédérale. Je ne sais pas si elle a quelque chance d'être avalisée par une majorité du peuple, étant donnée l'inertie des êtres humains dont le cerveau a été lessivé depuis des siècles par l'idée du «travail» et les forces habituelles qui vont se déchaîner pour maintenir l'état actuel des choses, mais au moins il y aura réflexion sérieuse et débat.

L'instauration du RBI permettrait à terme de dégager des talents inouïs et justement stimulerait l'économie au lieu d'être un poids, sans compter que les gens mèneraient des vies beaucoup plus satisfaisantes, ce qui n'est pas rien… Je n'ai pas étudié tous les aspects, bien sûr, je ne suis pas un expert, mais l'objection primaire selon laquelle le RBI reviendrait à payer des impôts pour faire vivre les paresseux ne tient absolument pas la route. Vous qui réfléchissez sur tous les enjeux de société, je vous exhorte à étudier sérieusement la question avec les gens impliqués dans cette initiative (et pas seulement avec les politiciens, les banquiers, les économistes traditionnels et les porte-parole habituels de ceux qui ont intérêt au maintient du statu quo).  Je pense qu'il y a là quelque chose d'important et de frais. L'idée n'est pas neuve, bien sûr, mais elle me semble maintenant beaucoup mieux articulée.

Contributor: 
Jean Bouchart d'Orval