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Une bonne idée neuve vieille de 500 ans : le revenu de base inconditionnel

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Date: 
23.06.2015
Type source: 
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tdg
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Une bonne idée neuve vieille de 500 ans : le revenu de base inconditionnel

Même si la gauche renâcle...

Cette année encore peut-être, plus vraisemblablement l'année prochaine, on se prononcera en votation populaire sur l'initiative populaire pour un  revenu de base inconditionnel, déposée en octobre 2013 avec plus de 125'000 signatures. Et les citoyens et yennes de notre beau pays seront les premiers et les premières au monde à pouvoir voter sur une proposition qui se trouve sans doute être la plus subversive de toutes celles faites depuis quelques décennies, du moins à ce niveau du processus légal de décision politique, dans le champ social -une proposition qui rencontre des soutiens, et affronte des oppositions, qui transcendent le clivage gauche-droite (sans que cela remette en question la prégnance politique de ce clivage). On ne vous cachera pas plus longtemps que le revenu de base inconditionnel, ou dont la seule condition est l'existence de son bénéficiaire, on est pour. Et qu'à l'initiative proposant de l'instaurer, on votera donc « oui« ». Même si la gauche renâcle,  à ce qui fait, dans le bon sens, bouger les lignes.
  

« afin que personne ne se trouvât dans la nécessité de voler » pour survivre...

C'est une viellle idée, un vieux projet, que celle, que celui, d'un revenu minimum garanti, «assurant l'existence à tous les membres de la société», pour reprendre la définition qu'en donnait dans son Utopie,  il y a cinq siècles, Thomas More, qui ajoutait : « afin que personne ne se trouvât dans la nécessité de voler » pour survivre. Ou, ajouterons-nous, de vendre son temps à la même fin. Thomas Paine, Charles Fourier, ensuite, y voyaient une solution au « problème social » et un moyen de partager entre tous les humains leur propriété commune : le monde. Bertrand Russell fit sérieusement étudier par le parti Travailliste britannique (qui ne la retint pas) la proposition d'un « revenu de citoyenneté» suffisant pour « couvrir les besoins primaires » (se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner). André Gorz défendait aussi le revenu de base, comme le moyen de construire une société libérée de la fatalité du « travail » (rémunéré) comme fin en soi. Tous ces défenseurs initiaux du revenu de base, à quelque niveau qu'ils le proposèrent, partaient d'un principe, d'une affirmation, fondamentalement socialiste : celle de la commune propriété des ressources naturelles. Pour le reste, une fois la proposition faite, les divergences sur le niveau du revenu, sur les moyens de le financer, sur ses bénéficiaires, apparurent, forcément -mais le coeur du projet reste cette affirmation, qui devrait être d'évidence n'était la biblique condamnation à « gagner son pain à la sueur de son front », que nul n'ayant choisi de naître, nul ne peut en être puni par une obligation de se vendre ou de se louer, de vendre son temps, sa force ou ses compétences, pour vivre. Nous ne sommes responsables que de nos choix, pas de ce qu'en naissant nous est imposé.

Le texte de l'initiative lancée en Suisse, et qui sera soumise au vote sans doute l'année prochaine, propose l'instauration d'un revenu de base permettant « à l'ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique ». L'initiative ne propose pas de montant mais les initiants ont évoqué celui de 2500 francs par mois (soit presque autant d'euros), juste au-dessus du seuil (statistique) de pauvreté, situé en Suisse autour de 2300 francs mensuels, pour un revenu individuel médian de 6200 francs et un seuil des bas salaires de 4000 francs. Nous sommes en effet dans un pays riche, si toutes celles et tous ceux qui y vivent ne sont pas, il s'en faut de beaucoup, riches.

A gauche, on renâcle à soutenir l'initiative. Pourtant, en dotant les travailleurs d'un socle de revenu suffisant pour vivre sans travailler, elle renforce leur pouvoir de négociation face aux employeurs -et elle le renforce d'autant plus que leur salaire, dans la société telle qu'elle est, est bas : pourquoi travaillerait-on 40 heures par semaine pour des clopinettes quand on pourrait recevoir de quoi vivre sans avoir besoin de travailler ? vous voulez m'employer ? d'accord. Mais à un salaire et pour un travail qui justifient que je vous concède une partie de mon temps. Ainsi, le revenu de base est-il à la fois un instrument de lutte contre les bas salaires et un instrument de réduction du temps de travail -tous objectifs de gauche, si nous nous souvenons bien...     

Personal info
Contributor: 
Mathieu Despont
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tdg