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L'aide sociale devra forcément être repensée

Français
Date: 
13.09.2014
Type source: 
Media: 
Tribune de Genève
 
Hospice général

«L'aide sociale devra forcément être repensée»

Par Eric Budry. Mis à jour le 12.09.2014 5 Commentaires

Christophe Girod, directeur général de l'Hospice général, parle des défis à relever par l'institution.

Christophe Girod, directeur général de l'Hospice général

Christophe Girod, directeur général de l'Hospice général
Image: Paolo Battiston

Hospice général «L’aide sociale devra forcément être repensée» Christophe Girod, directeur général de l’Hospice, parle des défis à relever: le financement et la réinsertion professionnelle

A la tête de l’Hospice général depuis juin 2013, Christophe Girod refuse de se voiler la face. Les difficultés financières de l’Etat vont forcément avoir un impact sur l’institution dont il a la charge, et qui est de plus en plus sollicitée. Cela ne l’empêche pas de s’enthousiasmer pour la nouvelle mission confiée à l’Hospice: la réinsertion professionnelle. Il y voit même un bon exemple d’une aide sociale à réinventer.

Interview.

Christophe Girod, quels sont les grands défis que l’Hospice général (HG) va devoir relever ces prochaines années?

La question qui va se poser est de déterminer quelles seront les modalités de l’aide sociale dans les années et les décennies à venir. Le système actuel aura de la peine à subsister au vu des finances de l’Etat et sachant que le nombre de dossiers d’aide sociale a plus que doublé en dix ans. Parallèlement, le nombre d’assistants sociaux n’a, lui, pas doublé. Pour absorber cette augmentation, nous devrons par conséquent trouver de nouvelles manières de délivrer nos prestations.

Ne risque-t-on pas d’en arriver à une aide sociale au rabais?

Non, je pense à une aide sociale qui doit se repenser. Nous devons offrir la meilleure prise en charge possible avec les moyens à disposition. Ce qui se fait pour assumer notre nouvelle mission de réinsertion professionnelle en est un bon exemple.

Avant de parler de la réinsertion professionnelle, où en êtes-vous avec l’insuffisance de financement pour 2014 que vous craigniez en avril?

Nous prévoyons qu’il manquera effectivement 25 millions de francs à la fin de l’année pour financer les prestations d’aide sociale et celles de l’asile. Les projections tablent sur 500 dossiers supplémentaires à la fin de l’année, soit une augmentation de 5%. Notre département de tutelle (ndlr: Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé) devra donc aller demander un crédit complémentaire à la Commission des finances du Grand Conseil.

Assumez-vous la diminution de 150 francs sur 300 du supplément d’intégration décidée par Mauro Poggia?

Je ne parlerais pas d’assumer. C’est une décision politique, nous la mettons en oeuvre. Sur les 13 millions économisés par an, 4 financeront des formations de douze mois au maximum pour des gens qui n’en ont pas du tout et ne peuvent avoir accès à notre Service de réinsertion professionnelle (SRP). Une commission d’attribution a été créée pour cela avec des représentants de l’HG, de l’Office cantonal de l’emploi et de l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue.

Comment fonctionne le dispositif qui permet à certains bénéficiaires d’avoir accès à ce service?

Il prévoit un stage d’évaluation de la distance à l’emploi qui détermine pour qui les mesures du marché du travail — du type stages et formations — auparavant réservées uniquement aux chômeurs, ont un sens. C’est un filtre nécessaire qui permet de déterminer la faisabilité du projet pour le bénéficiaire et de fournir un suivi adapté pour chacun. Aujourd’hui, 40% de ceux qui effectuent le stage vont au SRP.

En 2013, 806 personnes ont bénéficié de l’appui de ce service. Cela paraît peu par rapport aux 12 770 dossiers d’aide sociale enregistrés en 2014.

C’est un travail titanesque qui a été entamé depuis l’introduction de la Loi sur l’insertion et l’aide sociale individuelle (Liasi) il y a deux ans. Aujourd’hui, nous suivons 1000 personnes au SRP. Sans le stage d’évaluation, ce service serait engorgé et inefficace. Notre objectif est qu’il puisse recevoir entre 1300 et 1500 personnes en 2015. Ce qui va être intéressant, c’est l’évaluation de l’efficacité du dispositif. Qui il a aidé à retourner sur le marché du travail. Mais cela ne pourra se faire avant deux ans.

Que répondez-vous à ceux qui contestaient la LIASI parce qu’elle crée deux catégories de bénéficiaires de l’aide sociale?

Mais nous ne laissons pas tomber ceux qui n’ont pas accès aux mesures proposées par la Liasi. Ils ont eux aussi des compétences de réinsertion. C’est pour eux que nous créons des programmes de formation courte comme SAFE (lire ci-dessous) ou que l’agence de placement TRT a été créée. Quand on sait que 52% de nos bénéficiaires ne disposent d’aucune formation achevée, on mesure mieux les difficultés. Il ne suffit pas de décider qu’on va former des comptables parce que l’économie en a besoin. Ça ne marche pas comme cela.

Ces programmes concernent-ils beaucoup de monde?

TRT dispose d’environ 300 places par an avec un taux de réinsertion de 40%. Quant aux formations SAFE, elles sont suivies par environ 150 personnes par an. Ces programmes touchent aujourd’hui encore peu de gens mais des nouveaux projets voient le jour régulièrement. Nous voulons monter en puissance, mais prudemment, car il faut prendre garde que ces mesures ne perdent en efficacité si on les développe trop vite.

Un programme de formation qui fonctionne

Lancé par l’Hospice général l’année dernière, le programme Stage activités et formation en entreprise (SAFE) porte ses premiers fruits. «Sur les 15 personnes qui ont suivi la formation en auxiliaire de santé, 9 ont été engagées par des EMS, se réjouit David Jenni, l’homme qui porte ce projet au sein de l’Unité retour à l’autonomie. Une nouvelle volée a commencé en septembre.» SAFE est destiné à des bénéficiaires de l’aide sociale ne disposant pas de formation certifiée. Le programme s’adresse donc à des gens qui sont soit considérés comme trop éloignés du marché du travail pour avoir accès à la filière Liasi de la réinsertion professionnelle, soit n’ont pas encore passé le stage d’évaluation de retour à l’emploi. Une précision importante pour apprécier réellement le spectaculaire taux de réussite affiché. Un taux qui s’explique par deux facteurs, sans compter le choix d’un secteur en recherche de collaborateurs. Le premier est la qualité du programme mis en place, qui se décline en différentes phases, ainsi que celle du suivi et de l’encadrement des stagiaires. Le second est la sélection drastique opérée. Tout d’abord par les assistants sociaux des centres d’action sociale: maîtrise du français exigée, qualité d’empathie, disponibilité… Puis par l’intermédiaire d’un stage en établissement médico-social (EMS) d’au minimum trois mois. Résultat: par volée, seuls 15 des 50 candidats de départ suivront réellement la formation prodiguée par la Croix-Rouge. Mais ils auront prouvé à leurs potentiels employeurs qu’ils sont fiables. Et, plus important encore, à eux-mêmes qu’ils sont capables de suivre une formation et de travailler. Fort de ce premier succès, le programme SAFE va prendre de l’ampleur et se diversifier. «L’Hospice général va créer, avec la Fédération genevoise des EMS, l’EMS des Marronniers et l’Office d’orientation professionnelle, une nouvelle formation, que nous avons appelée SAFE Les Matinales, explique David Jenni. Il s’agit d’une formation interne à l’EMS de 60 jours qui permet de découvrir trois métiers: intendance, soins et animation.» Autre exemple: une collaboration entre l’Hospice général et les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) a été conclue. Les HUG se proposent de créer des places de stages avec possibilité d’engagement à leurs termes. Dans ce cas, la formation en assistant en soins et d’accompagnement sera de huit mois. Enfin, SAFE espère rapidement s’ouvrir à d’autres secteurs que celui de la santé. «Nous avons par exemple créé un pont avec l’Office cantonal de la détention, toujours à la recherche d’agents de détention», conclut David Jenni.
E.BY

La LIASI

La Loi sur l’insertion et l’aide sociale individuelle (Liasi) est entrée en vigueur en février 2012. La loi fait disparaître progressivement le revenu minimum cantonal d’aide sociale, mais dote l’Hospice des mêmes outils de réinsertion professionnelle que ceux destinés jusque-là aux seuls chômeurs. Attaquée par référendum, elle a été acceptée par le peuple en novembre 2011. Un système de sélection a été mis en place pour déterminer qui aurait accès aux aides de réinsertion professionnelle, gérées par un nouveau service ad hoc de l’Hospice. Le choix s’opère par le biais d’un stage d’évaluation de la distance à l’emploi.
E.BY

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