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Et si le RBI était l’avenir de nos assurances sociales?

Français
Date: 
31.01.2016
Type source: 
Media: 
Le Matin dimanche

Actuellement, notre système d’assurances sociales repose sur la taxation du travail: la ponction sur les salaires permet de dégager les moyens nécessaires à l’entretien de celles et ceux qui sont dans le besoin. En soi, c’est l’extension d’un principe millénaire, universellement compris et accepté: celles et ceux qui travaillent soutiennent celles et ceux qui ne travaillent pas encore, ou qui ne peuvent pas ou plus travailler.

Cela suppose toutefois que le travail constitue le principal vecteur de la productivité, et que sa rémunération en consomme la majeure partie, de sorte que la taxation des salaires représente une forme idéale de ponction de la productivité elle-même. Parallèlement, le système repose sur le fait que la majeure partie de la population travaille, de sorte qu’il suffit de taxer un peu les salaires pour dégager les moyens nécessaires à l’Etat social. C’est d’ailleurs ce qui rend le système supportable à celles et ceux qui le financent.

A l’heure actuelle en Suisse, 56% de la population totale travaille encore, mais ce chiffre est en baisse constante. En outre, les vingt-cinq années qui viennent vont voir l’entrée en retraite des enfants du baby-boom, avec pour corollaire une forte augmentation de la part des retraités; dans le même temps, l’évolution technologique risque de modifier fondamentalement le monde du travail en rendant des centaines de milliers d’emplois obsolètes.

Tout ceci accroîtra le déséquilibre entre les travailleurs et les autres. On doit s’attendre à ce que dans un futur pas si lointain, seule une petite minorité de la population soit nécessaire non seulement à l’ensemble des fonctions productives de la société – comme c’est déjà le cas dans les pays développés: 3% de la population active suffisent à y nourrir la population, et l’industrie n’y représente pas plus du quart des emplois – mais également dans le domaine des services, dont au moins un emploi sur deux – dans les transports, la logistique, la vente, le service à la clientèle, chez les cols blancs et au-delà – est remplaçable, à terme, par des machines. Ne subsisteront alors que les «créatifs», les services supérieurs, et les emplois d’accompagnement à la personne – encore que: au Japon, on teste déjà la robotisation de l’encadrement dans les EMS.

Une conséquence majeure de cette évolution est qu’on ne pourra plus financer un système social qui devra assumer la majorité de la population en ne faisant payer que les rares personnes qui toucheront encore un revenu de leur travail: parce que ce n’est pas dans ce revenu que sera investie la majorité de la richesse produite, et surtout parce qu’un seul travailleur devra subvenir aux besoins de trois, quatre ou cinq personnes non actives. La conjonction de ces deux conséquences entraînera inévitablement la fin des régimes sociaux actuels: soit ils s’effondreront complètement, et on se retrouvera dans une société apocalyptique mettant aux prises une minorité de privilégiés face à une majorité de précaires et de paupérisés, soit il faudra trouver autre chose pour assurer la paix sociale dans un monde post-plein-emploi.

Et c’est là tout l’intérêt du revenu de base inconditionnel (RBI), sur lequel nous voterons en juin prochain. Pour tous les défauts béants qu’elle porte, pour tout le flou que ses promoteurs laissent planer sur son financement, l’initiative met le doigt sur le problème crucial de l’avenir de nos assurances sociales: comment lever les sommes nécessaires, et comment les redistribuer équitablement, dans un monde d’où le travail pour tous aura disparu.

Pierre Dessemontet, géographe, cofondateur de MicroGIS, conseiller communal PS à Yverdon.

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Contributor: 
Mathieu Despont
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Le Matin dimanche