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Ces familles qui vivent sur le fil

Français
Date: 
06.02.2015
Type source: 
Media: 
Le Temps
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Magalie Goumaz

La famille Ugolini: Valérie, Enrico, et les deux filles, Flavia et Sara. Par an, plus de 6000 francs partent pour les activités extrascolaires. (Eddy Mottaz)

 Valérie, Enrico, et les deux filles, Flavia et Sara. Par an, plus de 6000 francs partent pour les activités extrascolaires. (Eddy Mottaz)

Un enfant coûte en moyenne mille francs par mois. Des ménages avec un revenu de 8000 francs ont des fins de mois difficiles. Des astuces existent pour économiser. Encore faut-il les connaître. Et aussi résister à une certaine surenchère dans les dépenses pour les plus petits

LES LIENS

Combien coûte un enfant? Les parents n’y songent pas vraiment lorsqu’ils décident de fonder une famille. Et la question peut choquer. Pourtant, elle est au cœur de l’initiative du PDC pour la défiscalisation des allocations familiales, qui part du constat que les ménages sont confrontés à d’importantes charges financières.

L’Office fédéral de la statistique a publié en 2009 une étude à ce propos. Les coûts directs moyens d’un enfant élevé par un couple y sont évalués à 819 francs par mois. Deux enfants coûtent 1310 francs, trois enfants 1583 francs. Mais il faut aussi tenir compte des coûts indirects, dont une probable baisse d’activité professionnelle. L’Office de la jeunesse du canton de Zurich a fait les comptes dans le détail. Selon son étude, dont s’inspirent d’autres cantons, deux enfants âgés d’entre 7 et 12 ans coûtent chacun 290 francs par mois pour la nourriture, 90 francs pour l’habillement, 335 francs pour le logement, 395 francs pour la santé et l’éducation et 590 francs en dépenses diverses. Toutes catégories confondues, l’étude retient qu’un enfant coûte en moyenne 1000 francs par mois au minimum.

Mais la réalité peut être tout autre, car les montants varient selon les situations. Ils dépendent évidemment du revenu des parents, mais aussi de leur choix de vie, de leur lieu de domicile, du type de logement, de la proximité de grands-parents, etc. De surcroît, plus un enfant grandit, plus il coûte cher. Et le coût de la vie augmente. Reste une constante constatée par les organisations d’aide aux familles: un ménage de la classe moyenne, avec un revenu se situant entre 4000 et 8000 francs, tourne tout juste.

Assistante sociale à la Croix-Rouge fribourgeoise, Sonia Jungo le constate tous les jours. «Nous avons un service d’aide d’urgence et sommes très sollicités, notamment par des familles se situant juste au-dessus du seuil pour bénéficier de l’aide sociale», explique-t-elle. Elle cite le cas d’un ménage avec cinq enfants. Seul le père travaille et touche un salaire de 4000 francs par mois. Il ne veut pas s’adresser aux services sociaux par crainte de perdre son permis de séjour. Sauf qu’un des enfants a besoin de soins orthodontiques, évalués à 8000 francs. «Dans certains cas, l’orthodontie est un luxe et répond à des critères esthétiques. Mais, en l’occurrence, l’enfant avait vraiment la bouche déformée. Nous avons trouvé un financement», explique-t-elle.

Et Sonia Jungo de raconter encore la descente aux enfers d’une famille vivant confortablement, la mère gagnant également un bon salaire. Jusqu’au jour où elle se retrouve une nouvelle fois enceinte. Elle connaît par la suite des problèmes de santé et quitte la vie active. «Le couple a très bien géré la situation. Sachant qu’il allait devoir vivre avec un seul revenu, il a vendu une des deux voitures, a déménagé. Mais, soudain, arrive une facture inattendue de plusieurs milliers de francs, encore une fois pour des frais dentaires.» Ce qui fait dire à l’assistante sociale qu’une famille est toujours très fragile. La maladie ou le chômage peuvent ébranler des ménages à première vue solides.

Aider les familles à établir un budget, c’est le travail de Dominique Erne, conseillère en budget à la Fédération romande des consommateurs (FRC). Cette prestation s’adresse à la classe moyenne, étant donné que les services sociaux s’occupent déjà des familles disposant des plus faibles revenus. «Il n’y a pas deux situations identiques, explique Dominique Erne. La seule constante, c’est que même avec un revenu mensuel de 8000 francs, sans dette et malgré une bonne gestion financière, un ménage peut connaître des difficultés.» Car la société a bien changé depuis les années 50, où il s’agissait de se nourrir, de se loger et de se vêtir. Aujourd’hui, de nombreuses dépenses s’accumulent. Elles concernent les loisirs, les transports, les repas à la cantine. A quoi s’ajoutent aujourd’hui la communication et les objets électroniques.

Dominique Erne établit un budget précis pour chaque situation. Mais ce n’est pas simple. La plupart du temps, les parents n’ont pas conscience de ce qu’ils dépensent. Ils ne savent tout simplement pas où va leur argent, résume la conseillère. Dans certains cas, ils ignorent aussi qu’ils pourraient bénéficier de certaines prestations. Et qu’il existe des astuces pour économiser. Paradoxalement, Dominique Erne constate que plus une famille a de moyens, moins elle hésite à pratiquer le troc ou à acheter des vêtements de seconde main. «Tandis que d’autres personnes cherchent à compenser leur modeste train de vie en offrant de multiples gadgets et des vêtements neufs à leurs enfants. Ils ne remettent pas en question l’achat d’un téléphone portable dernier cri pour leur aîné, quitte à se sacrifier eux-mêmes», raconte-t-elle.

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Contributor: 
Mathieu Despont
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Le Temps