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Fier de vivre aux crochets de l’État, il suscite le débat

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Date: 
21.10.2013
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24 heures

Robert Nielsen, surnommé Robert-le-paresseux, vit depuis 10 ans de l'aide sociale au Danemark et est fier d'être chômeur. Sa situation suscite la polémique sur les limites de l'Etat-providence.

Robert Nielsen, 45 ans, a gagné son surnom après son apparition dans un débat télévisé l’an dernier.

Robert Nielsen, 45 ans, a gagné son surnom après son apparition dans un débat télévisé l’an dernier. Image: DR

Surnommé «Robert-le-paresseux», un Danois vit depuis dix ans de l’aide sociale et vend des pulls portant le slogan «Chômeur et fier de l’être». L’individu suscite un débat dans son pays sur les limites de l’État-providence.

Robert Nielsen, 45 ans, a gagné son surnom après son apparition dans un débat télévisé l’an dernier. Il y a expliqué préférer vivre de ses allocations plutôt que de prendre un emploi qui ne lui convenait pas. «Je n’ai jamais adhéré à l’idée fausse qu’il faut avoir un emploi pour avoir une belle vie», résume-t-il. «Je me considère comme intellectuel. Donc j’aimerais évidemment avoir un emploi où je peux me servir de ce que je connais du monde», ajoute-t-il.

Ses aphorismes ont piqué la fierté nationale, au moment où des éditorialistes ou penseurs de droite accusent le généreux système d’aide sociale de rendre tout un peuple trop indolent.

La chef du gouvernement social-démocrate Helle Thorning-Schmidt a dû réagir après cet éloge de la dépendance: «Nous allons examiner toutes nos mesures pour l’emploi, et s’il y a des gens comme Robert-le-paresseux, nous allons exiger d’eux davantage», avait-elle dit peu après le débat qui a fait de Robert une célébrité.

Aucun diplôme

Le Danemark a de fait revu à la baisse sa couverture sociale, touché par une grave crise de l’immobilier en 2007-2009, puis une stagnation économique depuis 2010. Mais il reste un pays où la plupart des salariés quittent leur poste à 16h00, et les chômeurs ont droit à 80% de leur ancien salaire pendant deux ans. Le chômage est d’ailleurs relativement bas (5,6%).

Depuis douze ans, Robert Nielsen a pris des emplois dans la parqueterie et chez McDonald’s, mais jamais très longtemps, avant de retourner au chômage. «Ils attendaient trop des gens», dit-il de la chaîne de hamburgers.

Il a fait des études, il a étudié les sciences sociales et la philosophie «quelques années», s’est essayé au chinois pendant un trimestre, et a fait six mois de bénévolat en Zambie. Mais il n’a jamais obtenu un diplôme.

Question «ridicule»

«Malheureusement, je n’ai pas de paperasse pour montrer ce que je sais», résume-t-il. La situation ne lui déplaît pas. Mais il ne faut pas lui demander ce qu’il adviendrait du Danemark si tout le monde l’imitait.

«C’est une question ridicule, et je n’aime pas y répondre. Dans les prisons et dans les journaux, il y a des tas de gens que vous pouvez montrer du doigt pour dire: comment le Danemark tournerait-il si tout le monde était comme eux?», s’emporte-t-il. «Tout le monde n’est pas comme moi, et ne le sera jamais», tranche-t-il.

Travail ou oisiveté

Le travail n’est pas moralement supérieur à l’oisiveté, estime-t-il. «Être Danois est suffisant pour obtenir de la nourriture, un toit et de quoi se vêtir», argumente-t-il.

«Après ça, 95% des gens se diront: j’aimerais vraiment aussi avoir une maison, une voiture, une résidence secondaire, et passer des vacances à Londres et Ibiza. C’est pour ça qu’ils prennent un emploi. Personne ne le fait pour le bien de la société», poursuit-il. Travailler «le moins possible»

En juin, une étude d’un centre de recherche danois, le CEPOS, ultra-libéral, concluait qu’un Etat-Providence généreux réduisait non seulement la motivation des individus à trouver un travail, mais aussi leur ardeur quand ils en ont un.

«Plus l’Etat-Providence est généreux, moins l’individu travaille dur», commente un des auteurs, Casper Hunnerup Dahl. Selon lui, le Danemark risque d’enfanter une génération «préférant travailler le moins possible».

Sens de l’humour

Imperméable à la critique, «Robert le paresseux» entend pourtant tirer parti de sa célébrité. Il a un site Internet où il vend des vêtements aux inscriptions provocantes comme «Garde ton boulot de merde».

Il projette de se lancer dans une campagne municipale à Copenhague, espérant bénéficier de l’effet notoriété du «Koh Lanta» danois, où il apparaît. «Les gens voient que j’ai le sens de l’humour et que je fais ma part du boulot» sur l’île, commente-t-il. Il apparaît sur les publicités d’une marque de compléments alimentaires contre la fatigue. «A présent ma fatigue est complètement partie», dit-il sur des affiches publicitaires.

Il ne dépend donc plus de l’aide sociale. «J’ai en fait moins d’argent que quand je vivais des allocations», regrette-t-il. (ats/Newsnet)

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Ralph Kundig
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