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Café et Ritaline, cocktail dopant au bureau

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Date: 
27.11.2013
Type source: 
Media: 
Tribune de Genève

Café et Ritaline, cocktail dopant au bureau

Salariés et étudiants consomment des médicaments et des drogues pour améliorer leurs capacités

Le dopage n’est pas l’apanage des athlètes. Au travail ou à l’école, la prise de médicaments pour améliorer ses performances ou son humeur est une réalité. Pour la première fois, une étude permet de prendre la mesure de ce phénomène en Suisse. Sur plus de 10 000 personnes interrogées, 4% ont admis avoir déjà pris un médicament sur ordonnance ou une drogue pour accroître leur concentration ou rehausser un moral en berne. L’amélioration de l’humeur est la raison la plus souvent alléguée par les sondés (3,1%). La Ritaline est le produit le plus utilisé (12%).

Commandée par la Suva, l’enquête de l’Institut suisse de recherche pour la santé publique et les addictions (ISGF) a interrogé des personnes actives, âgées de 15 à 74 ans et domiciliées en Suisse. Michael Schaub, directeur de l’ISGF, estime qu’il ne faut pas s’alarmer de ces résultats. «Le doping dans le monde professionnel et de la formation n’est pas un problème grave nécessitant des mesures urgentes en Suisse. Il s’agit toutefois d’un phénomène que nous devons réexaminer régulièrement afin d’identifier une éventuelle progression.»

Parmi les populations à risque figurent les jeunes. Chez les 15-24 ans, presque 7% avouent avoir consommé des pilules ou des drogues stimulantes. Une autre enquête, réalisée auprès d’étudiants des Universités de Zurich, Bâle et de l’EPFZ, annonçait il y a une dizaine de jours que 13% des sondés avaient déjà eu recours à des médicaments pour améliorer leurs capacités lors de sessions d’examen.

Au niveau national, le sondage montre que les personnes domiciliées en Suisse romande sont plus nombreuses à être concernées par ce phénomène (5%, 3,8% en Suisse alémanique et 2,4% au Tessin).

Au-delà des chiffres, l’enquête fait apparaître une augmentation du stress et une quête de performances accrue. Les résultats ont été rendus publics hier lors d’un forum national de discussion sur les troubles de la santé associée au travail. A cette occasion, Edouard Currat, membre de la direction de la Suva, a souligné la banalisation du recours «aux coups de pouce», comme les boissons énergétiques, pour s’adapter à des exigences toujours plus grandes. Face aux représentants de nombreuses entreprises du pays, le Dr. Anne Eckhardt, directrice du bureau d’experts Risicare, a finalement demandé: «Pourquoi adapter les hommes? Et pas les moyens techniques, les conditions de travail, les exigences sociales?»

A.R-M.

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Contributor: 
Ralph Kundig
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Tribune de Genève