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Le sondage du futur a des ratés

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Date: 
03.06.2016
Type source: 
Media: 
Le Matin

Basée sur Twitter, une étude romande prédit une large victoire du RB dimanche. Le système a pourtant de l’avenir. Explications.

Par Fabien Feissli. Mis à jour à 06h42 3 Commentaires

Image: Jean-Guy Python / LeMatin

Le revenu inconditionnel accepté à plus de 70%. Voilà les prédictions du système d’analyse mis en place par Jacky Casas et basé sur Twitter. Dans le cadre de son travail de Master, cet étudiant de la HES-SO a passé le réseau social au crible pour anticiper les résultats des votations de dimanche prochain. Sur les cinq objets soumis au peuple, deux obtiennent des scores diamétralement opposés aux derniers sondages Tamedia et SSR. Le revenu inconditionnel donc et l’initiative sur le service public. Acceptée par une majorité relative (48%) des Helvètes selon Tamedia et la SSR, elle serait largement refusée (83%) à en croire la plate-forme développée par Jacky Casas.

Comment expliquer ces écarts? Rattaché à l’institut HumanTech, à Fribourg, l’étudiant reconnaît les défauts de son analyse: «Je sais bien que les gens présents sur Twitter ne sont pas représentatifs de la population. Mais c’était le plus simple, car toutes les données sont publiques», admet-il. Il souligne également que son système ne prend pas en compte le fait qu’une personne tweete à de nombreuses reprises ou qu’une autre lise plusieurs fois un message similaire. Des éléments qu’il entend améliorer. «Il faudrait également intégrer Facebook, les articles de presse sur le sujet et les recommandations de vote des partis», ajoute Jacky Casas.

Les sondages de l’avenir

Les résultats de dimanche lui permettront de confronter son analyse à la réalité. «Avec toutes ces données, je vais pouvoir pondérer mon système. Je pense que je serai beaucoup plus proche lors des prochaines votations», assure-t-il. L’étudiant envisage d’ailleurs une collaboration à plus long terme avec le service de documentation du Parlement, qui l’a soutenu durant sa recherche. «Nous avons la volonté de promouvoir la recherche académique sur le domaine politique suisse et ce projet est très prometteur», appuie Jérémie Leuthold, chef de la bibliothèque du Parlement. Selon lui, c’est une bonne manière de capter la sensibilité du public en temps réel. «Souvent, les sondages ne sont pas assez réactifs et n’arrivent pas à montrer comment l’opinion varie jour après jour, à l’approche de la votation», affirme-t-il.

De son côté, Oscar Mazzoleni, professeur de science politique à l’Université de Lausanne, précise que ce genre d’analyses basées sur Internet est également testé dans d’autres pays: «Les réseaux sociaux sont de nouvelles formes d’engagement citoyen. Il est nécessaire de comprendre comment se forme l’opinion en dehors des canaux traditionnels», détaille-t-il. L’expert souligne toutefois que, pour l’instant, Facebook et Twitter ne sont pas représentatifs de la population puisque certaines catégories d’âges en sont exclues. «Mais, dans le futur, quand les réseaux sociaux seront diffusés plus largement, ces analyses pourraient même remplacer les sondages traditionnels», avance-t-il.

Il a fallu une quinzaine d’heures à Jacky Casas pour classifier manuellement les 4000 premiers tweets, pour que son algorithme puisse reconnaître s’ils étaient positifs ou négatifs sur le sujet. «Mon ordinateur a mis deux secondes à trier les 15 000 suivants», conclut l’étudiant.

 

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Contributor: 
Mathieu Despont
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Le Matin