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Les faux amis du revenu inconditionnel

Français
Date: 
15.03.2016
Type source: 
Media: 
AGEFI

Les faux amis du revenu inconditionnel

MARDI, 15.03.2016

 

Pierre Bessard

 

Certains projets politiques parviennent à se hisser sur l’avant-scène contre toute attente. C’est certainement le cas du revenu de base inconditionnel, dont la campagne en vue de la votation du 5 juin prochain a été lancée hier. Un revenu garanti à tous, sans contrepartie. Ce qui apparaît comme un irréalisme dirigé contre la nature humaine de devoir travailler pour vivre, ou une simple extravagance intellectuelle soulève néanmoins un certain nombre de questions.

L’opposition des partis socialiste et écologiste en est une. Ne préconisent-ils pas  de «dépasser le capitalisme» précisément, recommandant des salaires minimaux, soutenant des rentes tous azimuts: un revenu inconditionnel ne serait-il pas le point de départ rêvé pour parvenir à l’idéal d’une société entièrement composée d’assistés? Des esprits plus libéraux tablent en revanche sur la simplification et la diminution des coûts que promettrait un revenu de base, en annulant toutes les assurances, aides sociales et  redistributions qu’elles impliquent.

Cet espoir s’inspire en général d’une autre idée: l’impôt négatif sur le revenu, avancé par le Nobel d’économie Milton Friedman face à la problématique des programmes découlant de l’étatisation de la solidarité (assistance aux personnes âgées, malades ou handicapées, aux familles, aux paysans, etc., souvent indépendamment du revenu).

Or, rien ne pourrait être plus contraire à l’idée d’une aide ciblée et limitée devant remplacer la pléthore de programmes de subventions de l’Etat, qu’un revenu de base inconditionnel couvrant l’ensemble de la population. Milton Friedman avait d’ailleurs immédiatement posé la condition politique de sa proposition: elle nécessitait la modération de l’électorat, voire l’exclusion du droit de vote des personnes assistées.

A défaut de quoi une majorité pourrait trop facilement piller une minorité fortunée par le processus démocratique. L’impôt négatif sur le revenu ne serait d’ailleurs compatible qu’avec une fiscalité proportionnelle à taux unique (moyennant une franchise pour les bas revenus). Donc avec l’abrogation de l’impôt progressif, et des limites constitutionnelles sévères à l’expansion de l’Etat. Le revenu de base inconditionnel sur lequel les Suisse voteront en juin est à mille lieues de tout cela.n

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Contributor: 
Mathieu Despont
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