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L’allocation universelle: un débat salutaire

Français
Date: 
12.11.2013
Type source: 
Media: 
Le Courrier

L’allocation universelle: un débat salutaire

 

MARDI 12 NOVEMBRE 2013

Le peuple suisse se prononcera donc sur le revenu de base. L’initiative populaire proposant la création d’une allocation universelle a formellement abouti hier. Le texte ne fixe ni montant ni mode de financement, mais ses partisans ont articulé le chiffre de 2500 francs par adulte et par mois, et 635 francs pour un mineur. La rente serait versée à tous les habitants – légaux – du pays, de la naissance à la mort, inconditionnellement et sans contrepartie.
Le spectre des laudateurs de l’allocation universelle est large. A gauche, il s’agit d’en finir avec l’aliénation du travail forcé et de dépasser le salariat comme unique horizon d’épanouissement et de reconnaissance sociale. A droite, on entend libéraliser encore davantage les rapports de travail, tout en assurant un filet de sécurité minimum gage de paix sociale.
Libération ou libéralisme, dans les deux cas, le choix de l’individu est valorisé dans le dessein de privilégier une activité gratifiante pour soi et/ou pour la société. Une façon également de reconnaître implicitement les tâches aujourd’hui essentiellement dévolues aux femmes: travail domestique, éducation des enfants, soins aux parents, etc. Mais aussi d’en finir avec l’assistance publique et son lot d’humiliations. Le minimum vital deviendrait un droit et non plus une faveur qu’il faut quémander.
Le revenu de base constitue-t-il pour autant la panacée permettant à tout un chacun de mener une vie digne et de participer à la vie publique, ainsi que le souhaite l’initiative? Difficilement. Beaucoup de questions restent en suspens. A commencer par son financement. Passera-t-il par l’imposition des revenus, des fortunes, de la pollution, par une augmentation de la TVA… ou tout cela à la fois? Sans parler des risques de dégâts collatéraux. Risque que l’Etat substitue le revenu de base à l’ensemble des allocations et rentes existantes. Que les employeurs en profitent pour diminuer les salaires. Que les bénéficiaires soient obligés de continuer à travailler contre leur gré. Que les femmes soient maintenues éloignées du marché du travail. Autant d’écueils qui expliquent le scepticisme affiché par les syndicats et une bonne partie de la gauche, qui voient dans cette initiative un miroir aux alouettes.
Pour être acceptable, un tel système de redistribution devrait impérativement s’accompagner de plusieurs garde-fous, en premier lieu d’un salaire minimum garanti. Reste que l’initiative a au moins un mérite, celui d’ouvrir le débat, à défaut du champ des possibles.

Personal info
Contributor: 
Philippe Latty
Organisation, Media, etc: 
Le Courrier