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RBI: l'utopie n'est pas là où on croit

Français
Date: 
22.04.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

Pourquoi estime-t-on vertueuse toute entreprise qui, à force d'anticipation, réussit à s’adapter pour rester concurrentielle, et pourquoi ces mêmes stratégies d'anticipation sont-elles jugées irresponsables quand elles émanent de la société civile?

L’initiative sur le Revenu Inconditionnel de Base, sur laquelle nous voterons le 5 juin, suscite un formidable débat. J’écoute tous les arguments avec passion. Deux pourtant me gênent venant de ses contempteurs. Le premier est de disqualifier l’initiative en raison de son utopie; la second est de prétendre que ce revenu automatique générerait une société de rentiers et d’oisifs.

Définition de l’utopie selon wikipedia: mot forgé par l’écrivain Thomas More pour qualifier une réalité sans défaut, une société parfaite. Une utopie sert aussi à désigner une réalité difficilement admissible, parce que jugée irrationnelle.

Une utopie appliquée

L’initiative sur le RBI répond-t-elle à cette double définition? Non. Les initiants ne promettent pas une société idéale, ils proposent un nouveau modèle pour remplacer celui qui, à leurs yeux, arrive à son terme: robotisation, fin du plein emploi, difficulté pour les jeunes à entrer sur le marché et assurances sociales à bout de souffle. Leur modèle, étudié un peu partout, n’est pas irréalisable puisque plusieurs villes sont en train de le tester et que la Finlande s’apprête à l’expérimenter.

Je suis surprise de voir combien on estime vertueuse, à raison, toute entreprise qui, à force d'anticipation, réussit à s’adapter et à innover pour rester concurrentielle, et combien ces mêmes stratégies d'anticipation sont jugées irresponsables quand elles émanent de la société civile.

Le travail non rémunéré participe de la richesse

J'ai cité wikipedia. Ce n'est pas un hasard. A sa naissance, l'encyclopédie gratuite en ligne était perçue comme une utopie. Elle est désormais un des sites les plus consultés. Le travail de ses contributeurs, tous bénévoles, profitent avantageusement à la collectivité qui ne pourrait plus s'en passer. Comme d’ailleurs le travail de ces hommes et ces femmes qui oeuvrent gracieusement dans les associations, l'entretien domestique, les soins à la personne, l’éducation, la formation, l’information ou le numérique.Selon l'Office fédérale de la Statistique, l'ensemble de ces activités dépasse de 20% le travail rémunéré en Suisse (soit 401 milliards de francs). Est-il déraisonnable d'imaginer que soit redistribuée la richesse à laquelle contribuent activement ces bénévoles? Est-ce mépriser le travail, comme le prétendent de nombreux détracteurs? Ou le requalifier?

Comme souvent, c'est celui qui dit qui l'est. Ce qui est utopique, ce n'est pas le projet. C'est de croire que nous sommes culturellement prêts à franchir le pas, à renoncer à nos vieilles croyances, à dissocier le travail de son revenu. 

Personal info
Contributor: 
Mathieu Despont
Organisation, Media, etc: 
Le Temps