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Les chiffres de l’emploi américain sont-ils si encourageants?

Français
Date: 
14.06.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

La Réserve fédérale américaine se réunit dès mercredi. Il semble déjà acquis qu’aucune hausse ne sera annoncée lors de cette réunion

Ce mercredi aura lieu le comité de politique monétaire de la réserve fédérale américaine (FOMC). La décision sur les taux d’intérêts est toujours très attendue par les marchés financiers même s’il semble déjà acquis qu’aucune hausse ne sera annoncée lors de cette réunion. Cependant la conférence de presse, habituellement après la décision, sera suivie de près car les attentes des marchés financiers se font et se défont au rythme des interprétations faites des signes donnés par les membres de la Fed concernant une future normalisation des taux.

La Fed a invoqué à maintes reprises une inflation hésitante et le ralentissement économique global pour justifier son attentisme. La crédibilité d’une banque centrale est très importante pour la réussite de sa politique monétaire et la peur de devoir abaisser les taux après une hausse semble prévaloir. Cela serait certainement considérer comme un terrible aveu d’impuissance et de mauvaise lecture de la situation. Les bons chiffres de l’emploi états-uniens ces dernières années laissaient présager une hausse de l’inflation. En effet la plupart des membres de la Fed sont apôtres d’une théorie économique, la courbe de Phillips, qui stipule qu’il existe une relation inverse en taux de chômage et inflation.

Les pressions haussières sur l’inflation restent cependant mitigées et se situent actuellement légèrement au-dessus de 1% en rythme annualisée, encore loin de l’objectif annoncé de 2% malgré un taux de chômage excellent, puisqu’inférieur à 5%, son plus bas niveau depuis 2010. Même la croissance nominale des salaires, autour de 4% depuis mai 2015, n’a pas entrainé pour le moment une augmentation suffisante de la demande domestique. Si la plupart des américains ont retrouvé un travail depuis la crise des subprimes, pourquoi cela n’at-il pas entrainé de hausse des prix?

Baisse du taux de participation au marché du travail

Un des premiers éléments à analyser est le taux de participation au marché du travail, qui représente le ratio entre la population active sur et la population en âge de travailler; celui-ci est en constante baisse depuis le début des années 2000, passant de 67% à 62,6% le mois dernier. Il est vrai que la population américaine vieillit mais ce vieillissement ne saurait compter pour la totalité du déclin de la statistique.

Le nombre total de chômeurs aux Etats-Unis est actuellement d’environ 7,5 millions, il était de 15 millions en 2010. Dans le même temps la population active a augmenté de 4 millions de travailleurs  passant de 240 millions à 244 millions de personne. De plus, environ 92 millions d’américains en âge de travailler – c’est-à-dire âgés de 16 ans et plus – sont actuellement ni au chômage, ni en recherche d’emploi, soit environ 37% d'entre-eux. Il est donc plus que probable que le taux de chômage ne reflète pas exactement la réalité de l’emploi pour la simple et bonne raison que ces chiffres ne prennent pas en compte tous les découragés du marché du travail, en d’autres termes tous ceux exclus de la statistique.

Réserve de main d'oeuvre

Une personne sans travail aura droit généralement à 26 semaines d’indemnité si elle a souscrit à une assurance. A l’issue de cette période, il sera simplement exclu des statistiques officielles s’il ne se manifeste plus auprès des agences officielles. Il n’aura de toute façon aucun intérêt à s’inscrire sur les listes de chômage. Si un Américain travaille ne serait-ce qu’une heure par semaine, il n’est pas compté comme chômeur. Il existe donc bel et bien une importante armée de réserve américaine prête à travailler mais qui ne trouve pas d’emploi. Soulignons que sur les dernières années qu’il y a de plus en plus d’américain au bénéfice de tickets de rationnement, ce qui tend à prouver que les chiffres du chômage états-unien ne reflètent pas exactement la réalité et que la paupérisation de la classe moyenne américaine se poursuit.

Nous pensons donc que la santé de l’économie américaine est surestimée, notamment par les marchés financiers. Les conditions ne sont pas présentes pour ne serait-ce que deux hausses des taux consécutives. Les politiques monétaires entre la zone euro et les Etats-Unis ne sont clairement pas divergentes. Elles sont même convergentes, ne reste plus donc qu’aux marchés financiers de s’en apercevoir et de réagir en conséquences.

Personal info
Contributor: 
Ralph Kundig
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Le Temps