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La Silicon Valley attaque les banques

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Date: 
09.12.2014
Type source: 
Media: 
Le Temps

La Silicon Valley attaque les banques

PAR CYRIL DORSAZ*

Digitaliser l’expérience bancaire, les grands établissements devraient s’inspirer des concepts qui naissent à San Francisco. Là, il y a déjà plus de 1000 jeunes pousses actives dans les fintech. Voici l’analyse de Cyril Dorsaz, responsable des services aux start-up et de l’innovation chez Swissnex San Francisco.

Après la crise financière de 2008 et la fin annoncée du secret bancaire, la place financière suisse doit faire face à une menace d’un autre genre: la Silicon Valley. Elle a révolutionné l’industrie de la musique avec iTunes, celle du film avec Netflix, et celle du mobile avec iOS et Android. Les entrepreneurs américains convoitent désormais l’industrie bancaire et ses 500 milliards de dollars de revenu annuel.

Il faut dire aussi que le terreau est fertile. La crise de 2008 a laissé des traces dans l’esprit des clients. L’image de la banque est écornée et la confiance a pris un sacré coup. Aussi, tout naturellement, les besoins des clients évoluent. La génération Y, ou «Millennials», ne semble pas avoir les banques en haute estime. D’après une étude menée aux Etats-Unis, plus de 70% d’entre eux préféreraient aller chez le dentiste plutôt que d’écouter un banquier. Ils sont plus attirés par les potentiels produits financiers des géants de la technologie, comme Google ou Apple, que par ceux d’une banque traditionnelle.

Les entrepreneurs font pleinement usage des nouvelles technologies pour digitaliser l’expérience bancaire. A l’aide du Big Data, les dépenses des clients sont analysées afin de proposer des produits sur mesure. Des algorithmes sont aussi développés pour optimiser automatiquement les investissements des clients. De quoi répondre aux nouveaux besoins tout en réduisant drastiquement les coûts pour le consommateur.

Parmi ces jeunes entreprises prêtes à bouleverser la banque figure Wealthfront. La start-up fondée à San Francisco en 2011 remplace les gérants de fortune par des algorithmes pour offrir une solution de placement automatisée accessible à tous. Largement soutenue par les investisseurs, l’entreprise a levé 130 millions de dollars en trois ans et compte déjà 1,2 milliard de dollars sous gestion.

Square, la start-up fondée en 2009 par Jack Dorsey, le cofondateur de Twitter, a opéré une croissance spectaculaire. L’entreprise qui révolutionne le paiement par carte de crédit joue dans la cour des grands en traitant plus de 30 milliards de dollars de transactions dans l’année en cours. De plus, les outils qu’elle offre aux commerçants pour mieux gérer leurs affaires pourraient devenir une véritable épine dans le pied de l’industrie bancaire.

Tout cela n’est que le sommet de l’iceberg. Dans la Silicon Valley, il y a plus de 1000 start-up qui déclarent appartenir à l’écosystème «fintech» (technologies financières). Cet engouement est aussi constaté dans les villes de New York, Londres et Singapour. Rien que pour le mois d’octobre 2014, les investissements en capital-risque dans le domaine ont totalisé plus d’un milliard de dollars dans le monde et, selon Accenture, ils devraient doubler d’ici à 2018.

Bien que ces entreprises soient encore, pour certaines, dans la phase d’expérimentation, la menace est sérieuse. Attendre que la rupture soit sur le pas de la porte n’est pas une stratégie viable. Résister coûte que coûte au changement n’a réussi à aucune industrie. La clé du succès? Acquérir très vite les compétences indispensables pour s’adapter et remettre le client au centre des discussions.

Le premier pas serait d’embaucher les profils nécessaires au changement. Les fameux «data scientists» et experts en design d’expérience utilisateurs font certainement partie de l’équation. Mais aussi, des architectes de l’information et spécialistes du numérique. Ensemble, ces nouveaux métiers ont pour mission de créer des expériences bancaires digitales irréprochables et sur mesure.

Le second pas serait de s’ouvrir à la collaboration avec les start-up pour mener l’innovation hors des murs de l’entreprise. Les banques américaines Wells Fargo, Chase et Capital One ont ouvert des laboratoires de l’innovation dans la Silicon Valley, comme de nombreuses multinationales dans divers secteurs, pour être au cœur des changements et mieux les anticiper.

* Responsable des services aux start-up à Swissnex San Francisco

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Contributor: 
Mathieu Despont
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Le Temps