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Avec YuMi, ABB veut devenir numéro un mondial du marché des robots en usine

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Date: 
15.04.2015
Type source: 
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Le Temps

Le groupe a présenté un robot capable de travailler avec des humains. ABB a vendu 250 000 machines. En face se trouvent des concurrents japonais et allemands.

C’est sans doute l’un des secteurs d’affaires les moins connus d’ABB. Mais l’un de ceux sur lequel le groupe suisse mise le plus. Cette semaine, ABB a effectué deux annonces coup sur coup dans le domaine des robots. Après avoir fait lundi la démonstration de sa nouvelle machine YuMi à Hanovre, le groupe a annoncé mardi le rachat de la société allemande Gomtec, spécialisée dans les systèmes dits «mécatroniques». Désormais, le groupe veut renforcer sa position sur ce marché.

S’il a débuté ses activités dans la robotique en 1974 déjà, ABB est vraiment monté en puissance ces dernières années pour rivaliser avec deux spécialistes du secteur, le japonais Fanuc et l’allemand Kuka. Depuis ses débuts, ABB a écoulé 250 000 robots, utilisés sur les chaînes d’assemblage d’usines, principalement dans le secteur automobile.

Le groupe ne dévoile pas quelle part la division «Robotics» représente dans son chiffre d’affaires annuel de 39,8 milliards de dollars. Mais la demande pour ses robots a permis d’accroître de 10% son carnet de commandes globales en 2014. La présence, lundi, de son directeur, Ulrich Spiesshofer, pour présenter le robot YuMi à la Foire de Hanovre illustre les ambitions du groupe. Surtout que l’homme était accompagné de la chancelière allemande, Angela Merkel, et du premier ministre indien, Narendra Modi.

Avec des proportions similaires à celles d’un humain, YuMi (pour «You and Me») est composé de deux bras articulés, couplé à des capteurs et des caméras. La machine est capable d’utiliser une aiguille et du fil à coudre, affirme ABB, même si aucune application en ce sens n’a été prévue. Les éléments que peut manipuler YuMi ne peuvent dépasser les 500 grammes.

Les marchés visés sont par exemple ceux de la fabrication des tablettes et des montres. Le groupe suisse explique que l’industrie automobile représente désormais moins de la moitié des commandes pour ses robots. Alors que la demande provenant de l’industrie de l’électronique, mais aussi de l’alimentation, va crescendo.

«Nous avons sorti le robot de la cage», a affirmé Ulrich Spiesshofer. En clair: jusqu’à présent, les lignes de robots étaient séparées de celles des humains, afin de prévenir les risques d’accident. YuMi est présenté par ABB comme un robot collaboratif, effectuant des tâches en coordination avec un humain. La machine est dotée de capteurs et de caméras lui permettant de prévenir des chocs éventuels avec des employés. En cas d’impact, le robot se met en pause en l’espace de quelques milli­secondes, assure ABB.

Le groupe affirme avoir reçu la première commande pour YuMi – dont le prix est de 40 000 dollars pièce (39 190 francs) – ce lundi. «L’intérêt de l’industrie est très fort, affirme une porte-parole. ABB veut rester le numéro un sur ce marché. Et les domaines d’application de ces robots explosent.» Et de citer une étude de la Fédération internationale de robotique (FIR), prédisant que d’ici à 2030, l’ensemble du travail manuel effectué dans les usines pourra être réalisé par des robots.

Est-ce à dire que les humains seront remplacés par des machines? «C’est le contraire, assure une porte-parole d’ABB. Entre 2010 et 2013, le secteur automobile allemand a vu le nombre d’employés augmenter de 7%. Dans le même temps, la densité de robots a augmenté à un niveau historique pour atteindre les 1100 robots pour 10 000 employés.»

Reste qu’ABB tient un discours un peu ambigu sur ce sujet. Dans son annonce de lundi, le groupe cite une étude de la société BCG Research. Celle-ci prédit que d’ici à 2025, l’adoption des robots permettra d’augmenter la productivité de 30% dans de nombreuses industries… et de réduire les coûts totaux du travail de 18% ou plus dans des pays tels que la Corée du Sud, la Chine, les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne. En février, Per Vegard Nerseth, responsable des robots chez ABB, donnait une autre explication à Bloomberg: «Il ne s’agit pas d’arbitrage de coût, mais il est de plus en plus difficile de trouver des gens pour effectuer des tâches difficiles, délicates et ennuyeuses.»

Au niveau global, quelque 225 000 robots ont été vendus en 2014, un chiffre en hausse de 27% par rapport à 2013, selon une estimation de la FIR. L’Asie est le principal marché des robots, avec 140 000 machines acquises l’an passé. A elle seule, la Chine a absorbé 56 000 machines, 54% de plus que l’année précédente.

Selon la fédération, les cinq plus grands fabricants de robots – qu’elle ne nomme pas – détiennent 75% du marché, devisé à quelque 29 milliards de dollars par année. Des concurrents plus petits, comme ReThink Robotics (Etats-Unis) et Universal Robots AS (Danemark), vendent des machines moins cher qu’ABB, avec des premiers prix affichés autour des 23 000 dollars.

Anouch Seydtaghia

Photo: A la Foire de Hanovre, Ulrich Spiesshofer (au centre), directeur d’ABB, a présenté le robot YuMi à la chancelière allemande, Angela Merkel, et au premier ministre indien, Narendra Modi (à droite). (AFP)

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