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Revenu de base: un premier pas pour sortir de la folle croissance

Français
Date: 
24.05.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

Revenu de base: un premier pas pour sortir de la folle croissance

Le RBI n’est pas une fin en soi, mais le meilleur moyen aujourd’hui de revivifier une démocratie déclinante, estime Julien Dubouchet Corthay, membre du comité de BIEN-CH et secrétaire général de Pro Mente Sana

Si l’on peut désormais dire une chose certaine du revenu de base (RBI), c’est qu’il aura provoqué le débat. Et comme cela arrive souvent, d’un bout à l’autre de l’arène politique et médiatique, ça s’emballe et ça déballe… dont pas mal d’inepties – que n’a-t-on pas entendu sur la fainéantise supposée des pauvres, sans que l’on sache pour autant s’ils seraient pauvres parce que fainéants ou l’inverse.

Mais faisons plutôt retour sur quelques éléments fondamentaux qui ont été maintes fois évoqués mais le plus souvent maltraités, et qui relèvent de notre fonctionnement économique et de son avenir.

Le capitalisme aveugle à ce qu’il produit

Le capitalisme est, sans jugement de valeur, aveugle à la nature de ce qu’il produit: un franc est un franc, qu’il provienne de la vente d’une tomate ou d’une cigarette, d’une valve cardiaque ou d’une mine antipersonnel. Il est de surcroît, de par la concurrence et la nécessité de maintenir un certain taux de profit, mué par une dynamique interne d’expansion, que ce soit, entre autres, par création de nouvelles marchandises ou par soumission de nouvelles activités à l’empire de la valeur économique. Par ailleurs, il tend, partout où cela est possible, à substituer du travail mort (machines) au travail vivant des humains, ces derniers ayant le mauvais goût de réclamer salaire pour leur travail.

Sachant cela, quelles sont nos perspectives? Certains partisans du RBI le prônent comme une nécessité pour faire face à la disparition programmée et inéluctable d’un nombre croissant d’emplois (phénomène souvent, et improprement, résumé par l’expression «fin du travail»). Les opposants rétorquent le plus souvent par la schumpeterienne «destruction créatrice» où l’on verrait se substituer aux emplois détruits de nouveaux emplois.

Le RBI est une réponse à la rémunération inadéquate des différents facteurs de production

A part à faire preuve d’un matérialisme historique dépassé, il faut convenir qu’aucune de ces deux visions n’est sûre de l’emporter. L’avenir n’est jamais certain et il ne peut être exclu, ni que la révolution technologique en cours se révèle qualitativement différente des précédentes, ni que l’on trouve le moyen de créer des emplois dans des proportions suffisantes pour éviter d’atteindre des taux de chômage socialement et politiquement insoutenables.

Mais alors quid du RBI? En fait, celui-là ne trouve pas sa justification dans une quelconque futurologie mais bien plus dans la manière inadéquate que l’on a, depuis des siècles au moins, de rémunérer les différents facteurs de production, laissant largement de côté l’utilisation des ressources naturelles, l’héritage techno-scientifique et, par définition, le travail non-rémunéré. Cela conduit nécessairement, outre à un gaspillage colossal, à une surrémunération du capital et à l’accroissement des inégalités patrimoniales – ainsi qu’à une forme de démocratie censitaire, sur le marché un franc valant une voix.

La question est plus celle de la qualité des emplois

La question est donc plus celle de la qualité des emplois et de la production que de leurs quantités respectives. Les inégalités créent des tas d’emplois, domestiques et sécuritaires en haut de l’échelle des revenus, d’assistance et de soutien en bas, mais qu’apportent ceux-là au bien-être de la collectivité dans son ensemble? Il faut pour cette raison se donner les moyens de choisir quel type de (dé) croissance nous voulons.

Le RBI se propose ainsi, en donnant a priori et inconditionnellement à chacun un droit sur une part de ce qui est socialement créé, de rééquilibrer les rapports de force inhérents à toute société. Le RBI n’est pas une fin en soi, mais en articulant de manière plus efficace liberté et égalité, il est aujourd’hui le meilleur moyen de revivifier une démocratie déclinante, dont nous avons pourtant un cruel besoin au moment de faire les choix que nous imposent mondialisation et finitude de notre planète.

Personal info
Contributor: 
Anne Berguerand
Organisation, Media, etc: 
Le Temps