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Le revenu de base va renaître de ses cendres

Français
Date: 
17.06.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

Le revenu de base va renaître de ses cendres

Malgré le rejet à large échelle du revenu de base lors de la votation du 5 juin, l'idée fera son chemin, car elle est une réponse convaincante aux mutations en cours, est convaincu Sergio Rossi, professeur ordinaire de macroéconomie et d’économie monétaire à l’Université de Fribourg

Les discussions suscitées par l’initiative «Pour un revenu de base inconditionnel» (RBI) en Suisse ont montré la nécessité de développer et approfondir un débat de société qui a eu le mérite, durant les mois ayant mené au vote du 5 juin dernier, de mettre en lumière, avec des échos au plan mondial, les tenants et les aboutissants de cette initiative issue de la société civile.

Si son échec aux urnes était largement prévu et prévisible, le fait que 23,1% des votants aient exprimé leur adhésion au principe du versement d’un RBI montre qu’il y a déjà un malaise diffusé à l’égard des difficultés financières croissantes de l’Etat social, face aux changements profonds dans l’ensemble de l’économie nationale, qui vont s’accélérer au fur et à mesure du progrès technique et de la globalisation des activités de production et du commerce international.

Le vieillissement démographique et les difficultés d’accéder au marché du travail pour un nombre de plus en plus élevé de personnes, y compris beaucoup d’individus qui ont un diplôme académique de premier ou deuxième degré, rendront inéluctable durant les deux prochaines décennies le versement d’un RBI à tout résident permanent en Suisse.

La quatrième révolution industrielle posera d'énormes problèmes

Au-delà de la prise de conscience que travailler ne signifie pas forcément être employé – étant donné qu’il y a bien des activités impliquant un travail manuel ou cognitif qui, de nos jours, ne sont aucunement rémunérées, tout en contribuant d’une manière ou d’une autre au bien-être collectif et aux bénéfices réalisés par les entreprises –, les politiciens et le peuple suisse devront décider comment distribuer les revenus engendrés par le travail. Un travail dont l’augmentation de la productivité est tributaire de l’automatisation, la digitalisation et la robotisation d’un nombre croissant d’activités économiques au plan national.

Cette quatrième révolution industrielle posera d’énormes problèmes aux personnes qui seront évincées du marché de l'emploi. Les assurances sociales existant actuellement ne suffiront pas pour pallier ces problèmes, du fait de leur conditionnalité ainsi que des difficultés à en assurer le financement durable. Le RBI offre une solution viable au plan financier et, de surcroît, contribue à l’essor de l’économie suisse, en soutenant la consommation des ménages et en encourageant la formation ainsi que l’entrepreneuriat des jeunes – qui ne devront plus chercher un emploi pour financer leurs études.

Ne pas être l'esclave d'économistes défunts

Les questions cruciales pour l’introduction d’un RBI en Suisse sont au nombre de trois. Il faut d’abord définir les critères qu’une personne doit remplir pour recevoir un RBI et notamment le nombre d’années de résidence en Suisse. À cet égard, il serait possible de s’inspirer des normes légales concernant l’accès à l’aide sociale.

Par la suite, il faut que l’on détermine le montant du RBI ainsi que les paramètres à considérer pour adapter ce montant à l’évolution du coût de la vie. Comme les initiants l’avaient proposé, «le RBI doit permettre de mener une existence digne», sans tomber sous le seuil de pauvreté ou induire la paresse des personnes capables de s’engager pour le bien commun.

Enfin, les modalités de financement du RBI doivent être étudiées soigneusement, pour choisir les sources de financement qui maximisent les bénéfices pour l’ensemble de la société sans nuire à son développement durable.

Ces questions de taille exigent l’engagement de l’ensemble des parties prenantes, avec une vision qui doit considérer l’intérêt général à long terme. Il s’agit, indubitablement, de la difficulté majeure à cet égard, au vu du fait que les décideurs politiques sont trop souvent «les esclaves de quelque économiste défunt», comme l’avait déjà remarqué Keynes de son temps.

Personal info
Contributor: 
Anne Berguerand
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Le Temps