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Revenu de Base Inconditionnel (RBI) = Immigration de masse + incitation à la fainéantise ? Merci la droite pour cette savante équation sortie de son imaginaire!

Français
Date: 
27.04.2016
Type source: 
Media: 
tdg

Il y a de ces jours pluvieux où nous nous réjouissons quand même de sortir de l’ordinaire en participant à des débats de fond sur un sujet historique de votations fédérales comme celui sur le Revenu de Base Inconditionnel (RBI). Même si mon avis est déjà assez tranché sur la question, je prends quand même le temps d’écouter les avis divergents, notamment ceux des experts sortant de l’argumentation politico-politique habituelle. J’ai donc pris la peine de répondre présent à cette initiative, plus que bienvenue, de trois associations étudiantes de l’Université de Genève d’organiser un débat public sur la question dans cette bonne vielle salle MR-080 de l’Unimail qui peut me rendre tantôt nostalgique et tantôt aigri, me rappelant tant de souvenirs estudiantins.

Premier problème à la présentation du débat, les invités choisis ; deux locaux en défaveur de l’initiative (Prof. Müller, enseignant l’économie à l’UNIGE et Mme Fontanet, Députée PLR au Grand Conseil, deuxième meilleure élue des dernières élections cantonales à Genève nous rappelle-t-on) vs. un étranger en faveur de l’initiative (Prof. Van Parijs, enseignant la philosophie à l’Université de Louvain). S’il y a deux personnes en défaveur d’une proposition dans un débat contradictoire, pourquoi leur oppose-t-on une seule personne en faveur de ladite proposition (étranger et philosophe qui plus est, manquant peut être de réalité locale des chiffres face à deux « techniciens » locaux) ? Deuxièmement, quand on prend la peine d’inviter un politicien de droite, l’honnêteté intellectuelle voudrait qu’on invite un politicien de gauche pour garantir l’équilibre politique du débat, mais de toute évidence, le débat contradictoire était déjà biaisé d’avance.

Malgré les circonstances du débat, je me dis qu’à l’UNIGE, on arrive toujours à une réflexion de fond sur des sujets révolutionnaires et d’importance capitale comme le RBI. Et bien figurez-vous que ce n’était absolument pas le cas ! Nous avons eu le droit à un débat sur l’impossibilité du financement du RBI et sur son montant « astronomique » (alors que les deux questions ne sont pas fixées dans le projet de loi proposé en juin prochain), rien ou presque sur le principe même d’un revenu de base inconditionnel, sa justification en Suisse et sur les réponses qu’il apporte à la perdition de nos assurances sociales. Tout d’abord, une introduction historico-sociale du Professeur de philosophie belge (père du « Basic Income Earth Network », mouvement international datant des années 80 ayant initié l’idée d’un revenu de base inconditionnel[1]) nous expliquant les origines du RBI sans grande contextualisation suisse. Puis, nous attaquons directement la situation en Suisse avec la représentante PLR qui nous explique que le premier argument de son parti, c’est l’appel d’air à l’immigration qu’introduirait une telle mesure. Tout cela sans compter le fait qu’elle pousserait à la fainéantise et n’inciterait pas à travailler. Le dernier argument consistait à dire qu’en Suisse, le système de subsidiarité des assurances sociales allait au mieux et que notre taux de chômage était de loin l’un des plus bas d’Europe justifiant une non-remise en cause d’une réalité qui est bien plus inquiétante. C’est un triste constat chers lecteurs que de voir que le PLR s’assaisonne aux épices UDC, que les Radicaux n’existent plus dans ce parti, et surtout, de constater comme il est petit et malhonnête d’utiliser de tels arguments populistes et en dehors de la réalité suisse, chiffres à l’appui;

  • Manque de chance pour Mme Fontanet, le Secrétariat d’Etat à l’Immigration vient de publier une étude qui affirme que l’immigration est en « forte baisse au premier trimestre 2016[2] » en Suisse.  L’immigration a baissé de 9,7% et l’émigration à augmenté de 11,5% par rapport à 2015, le solde migratoire est même en baisse de 34.5% par rapport à la même année. Alors non Madame, quand on fuit un pays en guerre, on ne choisit pas sur une carte quel pays hôte est le plus favorable et on ne prend pas sa décision en fonction du système social et politique du pays où on tente de s’installer temporairement.
  • Comme par hasard, le 5 juin prochain, nous voterons sur une révision de la loi sur l'asile (LAsi) proposée par une conseillère fédérale socialiste et dont les opposants soulignent le caractère encore trop inhumain et administratif d’une telle réforme[3]. Les opposants expliquent justement que l’immigration est déjà fortement en baisse depuis plusieurs années et que les politiques de durcissement à l’égard des migrants ne changent pas le problème de fond ni leur motivation. Sachez Madame Fontanet qu’un RBI ne changera rien de ce côté-là, pour voyager et s’établir en Suisse, il faut beaucoup de chance (en passant les réseaux de trafiquants d’êtres humains et autres) et d’argent, sans compter le fait qu’il faille des PERMIS DE SEJOUR de plus en plus impossibles à obtenir !
  • L’incitation à la fainéantise et la non-incitation au travail se passe dans l’imaginaire du PLR, si ces derniers pensent qu’il est possible de vivre avec 2500 chf/mois dans les grandes villes de Suisse, qu’ils me le montrent, je serais curieux de le voir. Ceux d’autant plus que manque de chance pour Madame Fontanet, un sondage récent atteste que « seul 2% des Suisses arrêteraient de travailler[4]» en cas d’acceptation du RBI. J’aimerais bien un jour que la droite nous donne d’autres arguments que la non-incitation au travail, qu’elle arrête de stigmatiser ceux qui ne travaillent pas à temps plein ou pas du tout ET QUI CREENT EGALEMENT DE LA RICHESSE (« plus de 55% du temps de travail nécessaire à la production de la richesse n’est pas rémunéré, soit plus de la moitié du temps total [5]» grâce aux femmes notamment). Les opposants ne répondent pas à la question de savoir comment nous allons faire face à ce qu’on appelle la 4ème révolution (révolution de l’aire robotique et de l’automatisation de certaines tâches) et le fait qu’elle conduit vers une disparition du plein-emploi (entre 1991 et 2015, les hommes à temps partiel sont passés de 7,7% à 16,4% tandis que les femmes sont passées de 49,2% à 58,7% sur la même période[6]). Comment justifier une transition économique vers un système d’emplois à temps partiel sans bonifier et inciter la création de richesse provenant d’activités non-rémunérées grâce au temps libre ?
  • Si le système d’aides sociales allait si bien en Suisse, comment explique-t-on qu’il y a eu une augmentation de 8% des personnes ayant eu recours à l’Hospice général à Genève l’année dernière[7], que le financement de l’AVS est toujours négatif (-579 mio. en 2015[8]) sans parler des ayant droits n’osant pas demander l’aide sociale dont ils auraient besoin pour soulager leur niveau de pauvreté et qui ne le font pas (pas encore de chiffres tangibles en Suisse mais selon un rapport du Comité national d'évaluation du Revenu de solidarité active (RSA) en France datant de 2011, près de 50% des ayant-droits ont renoncé à en faire la demande[9]). Si l’économie et le chômage de notre pays se portaient si bien, nous n’aurions pas 150 suicides/an liés au chômage (« un suicide sur cinq peut être mis en relation directement ou indirectement avec l'absence d'emploi »[10]). Faut-il rajouter que si le modèle de plein emploi suisse était un pur bonheur, nous ne ferions pas face à ce constat alarmant : «40% des Suisses déclarent souffrir d'une tension psychique forte au travail[11]». Le RBI s’affirme certainement comme un remède à ces maux puisqu’il incite à la baisse du temps de travail changeant les mentalités ne jurant que par le plein emploi comme modèle de bonheur et de prospérité économique.

Alors voilà, je demande que d’ici au 5 juin, nous parlions du « principe » d’un revenu inconditionnel de base comme le stipule l’initiative, que si on est pour ou contre, on débatte avec des arguments sérieux (comme la transition AVS/AI vers le RBI, sa mise en application en fonction de la différence de coût de la vie dans les différents cantons, etc.). En d’autres mots, qu’on arrête le populisme et l’alarmisme mensonger. On doit bien évidemment parler de ces chiffres avancés (2500 chf/adulte et 625 chf/mineur), mais qu’on arrête, s’il vous plaît, d’encore lancer la menace de l’immigration massive (sur laquelle on a bien assez légiféré, dont on a bien assez parlé et qui surtout ne reflète pas la réalité) et la glorification de la création de richesse par le travail rémunéré qui n’ont de réalité que dans l’imaginaire hallucinogène de certains politiques de droite et certains économistes. Comparons-nous à ce qui se fait de mieux en Europe (la Scandinavie et l’Islande par exemple), réfléchissons sérieusement à la transition du modèle de plein emploi vers ce modèle généralisé d’emploi à temps partiel, débattons d’une possible introduction progressive d’un RBI sans pourtant être omnibulés par ces fameux 2500 chf/adulte car ce n’est pas là-dessus que nous votons. Et surtout, proposons des projets alternatifs au modèle actuel d’aides sociales qui tend sans aucun doute vers sa déchéance et dont nous devrons régler la question plutôt tôt que tard !

[1] http://www.basicincome.org/about-bien/#history

[2] http://www.24heures.ch/suisse/immigration-forte-baisse-su...

[3] http://www.lecourrier.ch/137933/appel_pour_la_sauvegarde_...

[4] http://www.24heures.ch/news/standard/seuls-2-suisses-arre...

[5]http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/regionen/them...

[6] http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/20/05/...

[7]http://www.rts.ch/info/regions/geneve/7629079-forte-hauss...

[8] http://www.24heures.ch/suisse/chiffres-avs-plongent-rouge...

[9]http://rue89.nouvelobs.com/2012/02/29/ils-ont-droit-aux-a...

[10] http://www.lematin.ch/suisse/En-Suisse-150-suicides-par-a...

[11] http://www.rts.ch/emissions/temps-present/sante/1767050-m...

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Mathieu Despont
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