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CONSOMMATION UN ÉLU VEUT TAXER LES CAISSES AUTOMATIQUES

Français
Date: 
27.12.2016
Type source: 
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le Matin

Le député genevois Roger Deneys veut faire payer 10 000 fr./mois aux supermarchés pour chaque caisse automatique utilisée. Objectif: protéger les emplois peu qualifiés.

En attendant la mise en place d’une taxe sur les caisses automatiques, Roger Deneys encourage au boycott de ces machines.

En attendant la mise en place d’une taxe sur les caisses automatiques, Roger Deneys encourage au boycott de ces machines. Image: Yvain Genevay

 

Plus d’une Migros sur trois est aujourd’hui dotée de machines permettant le paiement en libre-service. Si les caissiers n’ont pas encore disparu, les automates se multiplient dans nos supermarchés. Tous les employés remplacés par des machines, c’est pour demain?

C’est en tout cas ce que craint Roger Deneys, qui s’apprête à déposer un projet de loi au Grand Conseil genevois. «Je propose d’instaurer une taxe de 10 000 francs par mois pour chaque caisse automatique ouverte en permanence, soit environ 70 heures mensuelles», explique le socialiste. Septante heures, l’équivalent de deux pleins-temps, d’où le montant équivalent à deux fois le salaire mensuel d’un employé de caisse.

«Nous avons raté l’occasion d’agir lorsque les distributeurs d’argent et de billets de transports ont été mis en place, poursuit le député. Mais ce n’est pas une raison de laisser la mutation continuer. La robotisation n’est pas une fatalité, nous ne sommes pas obligés de nous laisser faire!»

Financer la reconversion

La taxe payée par les commerces sur les caisses automatiques servirait à financer la reconversion du personnel affecté par l’automatisation et à soutenir les commerces qui restent fidèles aux caisses traditionnelles, via la création d’une fondation.

Une taxe sur les machines qui piquent la place de travail d’un humain, l’idée fait son chemin. En juin, un rapport du Parlement européen proposait de créer une personnalité juridique pour les robots, dans l’idée de taxer les gains qu’ils génèrent. Le candidat à la primaire de la gauche française Benoît Hamon a également évoqué l’idée de financer un revenu universel par le biais d’une cotisation prélevée sur le «salaire fictif» des robots.

Chez Migros, on affirme que l’arrivée des caisses automatiques ne menace pas les emplois. «Nous ne pouvons pas prédire les développements qui auront lieu dans 10 ans, mais a priori, l’accueil aux caisses automatiques absorbera le personnel libéré aux caisses traditionnelles», relève Tristan Cerf. Le porte-parole insiste sur le fait qu’une substitution totale n’est pas à l’ordre du jour. L’enseigne vise un objectif à 25% du chiffre d’affaires via les caisses libre-service. «Nous avons mis en place ce système pour que le public qui souhaite aller plus vite puisse le faire.»

Pour Gabriel Dorthe, doctorant en philosophie à l’UNIL, «l’argument du gain de temps est peut-être justifié, mais il faut le relier avec d’autres questions, que l’on s’autorise rarement à poser: a-t-on vraiment besoin de gagner quelques minutes en faisant nos courses? Le gain de temps n’est-il pas remplacé par d’autres facteurs de stress?» (Le Matin)

(Créé: 27.12.2016, 07h48)

L'ÉDITO: LE SERVICE FOND COMME NEIGE AU SOLEIL

Face à la croissance du paiement en libre-servicedans les supermarchés, un député genevois propose de taxer les enseignes qui utilisent ces bornes. L’argent récolté devrait servir à créer un fonds pour réinsérer le personnel dont l’emploi est menacé par ces robots. Pourquoi pas? 

Les guichets des banques,ceux des gares ou de La Poste disparaissent aussi vite que les rhinocéros, les girafes ou les éléphants en Afrique. Même combat dans les grandes surfaces, où les bornes de paiement fleurissent. Vous attendrez moins, promet-on. Mais pourquoi ne paie-t-on pas moins? Pour les employeurs, les investissements devraient être compensés, à terme, par les réductions de personnel. Le client, lui, doit toujours faire ses commissions, mais en plus il les emballe et se les facture. 

Plus la technologie s’intègre dans notre quotidien, 
plus notre vie devient compliquée. Non seulement il faut jongler avec des tas de joujoux électroniques plus ou moins amicaux, mais en plus il faut se demander si notre comportement en tant qu’utilisateur de machines en libre-service n’induit pas une perte au niveau social. Dans notre bien-être de client pressé vient s’insinuer la mauvaise conscience. Que deviendront ces caissières dont personne ne souhaite pratiquer le dur métier? 

Alors plutôt que de remplacer l’homme par la machine, maintenons l’alternative. Laissons à ceux et à celles qui n’ont pas les capacités d’être des médecins, des avocats ou des ingénieurs la possibilité de faire leur métier sans avoir à prendre des cadences de folie. Plutôt que de tenter de les recaser, valorisons leur travail, pour qu’ils aient le temps de se mettre au service des clients. Et ceux qui préfèrent les machines aux humains, laissons-les se frotter à la froideur des circuits intégrés. On oublie trop vite la valeur de cette petite phrase qui met du baume au cœur ou de ce sourire jaillissant au milieu des fenouils et des céréales. 

Philippe Messeiller, Rédacteur en chef adjoint

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