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Le revenu de base inconditionnel est une très mauvaise solution à de vrais problèmes

Français
Date: 
04.02.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

Le revenu de base inconditionnel est une très mauvaise solution à de vrais problèmes

Le revenu inconditionnel de base risque de porter un coup fatal aux efforts de la collectivité pour encourager la formation et l’insertion professionnelle, dit le conseiller national (PS/VD) et syndicaliste Jean Christophe Schwaab

L’initiative sur le revenu de base inconditionnel (RBI) a le mérite de poser de bonnes questions. Que faire face l’augmentation de la précarité? Comment soutenir les travailleurs exclus du marché du travail, en particulier en raison de l’automatisation et de la numérisation croissantes de l’économie? Quel remède aux failles du filet social? Ces défis prennent de l’ampleur et les solutions convaincantes sont rares. Mais ce n’est certainement pas le RBI qui y remédiera. Pis, l’initiative fait planer de nombreux dangers sur les salaires, sur les assurances et la cohésion sociales.

Menace sur le niveau des salaires

Un revenu de base menace d’abord le niveau des salaires. En effet, si tout ou partie des besoins vitaux de base sont couverts par le RBI, les employeurs auraient beau jeu de retrancher son montant de tous les salaires, ce qui diminuerait drastiquement tant la valeur du travail que la motivation des travailleurs, tout en rendant plus difficile le financement du RBI, charge que seuls les actifs supporteraient. Ce report de charge risquerait en outre de générer des clivages néfastes entre «actifs qui financent» et «oisifs qui profitent». Par ailleurs, une baisse des salaires aurait pour effet de réduire à néant l’objectif des initiants de diminuer la précarité du travail, car les bénéficiaires du RBI qui souhaiteraient travailler seraient moins bien payés. Et si le RBI ne devait pas suffire pour sortir de la pauvreté, les travailleurs précaires resteraient obligés de travailler, et donc d’accepter des emplois plus précaires encore. Cela est d’ailleurs fort probable si l’on considère les 2’500. – francs par mois prônés par les initiants, très loin du seuil du salaire décent de 4’000. – francs.

Lire aussi: «Revenu de base inconditionnel, le débat commence»

Le RBI pourrait aussi porter un coup fatal aux efforts de la collectivité pour encourager la formation et l’insertion professionnelle. A quoi bon investir plusieurs années de sa vie pour une formation si l’on perçoit une allocation tous les mois, quoi qu’on fasse? A quoi bon les programmes pour (ré) intégrer au marché du travail ceux qui en sont exclus, à cause, par exemple d’un handicap ou de l’évolution technologique, si ces personnes touchent de toute manière un revenu? Prôner le RBI en assénant comme un mantra que «le temps du plein-emploi est révolu», c’est faire un trait sur le droit au travail de très nombreuses personnes, à qui on dénierait toute possibilité de participer à la création commune des richesses et que l’on cantonnerait dans le rôle d’éternels assistés.

Impact désastreux sur l’égalité des sexes

Enfin, le RBI pourrait avoir un impact désastreux sur l’égalité des sexes. Il est en effet à craindre que le membre d’un couple qui gagne le moins cesse de travailler pour se contenter du RBI. Or, en raison des discriminations salariales et de carrière, cela concerne avant tout les femmes, qui pourraient être victimes d’un nouveau type de discrimination.

Par-delà les défauts intrinsèques du concept même de RBI, le texte de l’initiative est aussi trop imprécis. Par exemple, l’absence de montant laisse libre cours à la majorité de droite du Parlement de fixer une somme très basse. L’initiative est en outre muette sur le financement du RBI, ce qui autoriserait des mécanismes antisociaux (par exemple par le biais d’impôts indirects), en totale contradiction avec l’objectif de redistribution des richesses qu’affichent certains initiants. Des initiants qui prônent par ailleurs la suppression de la totalité de nos assurances sociales, même si ces dernières ont fait leurs preuves et sont appréciées par une très grande majorité de la population, notamment parce qu’à la différence du RBI, elles n’ont pas seulement pour objectif de couvrir les besoins vitaux de base, mais surtout de maintenir le niveau de vie antérieur.

Personal info
Contributor: 
Mathieu Despont
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Le Temps