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Faut-il créer un revenu de base inconditionnel?

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Date: 
18.03.2016
Media: 
TDG

Face-à-faceL’initiative propose de verser un «salaire» à chacun, sans condition et en remplacement des assurances sociales actuelles.

L’initiative soumise au peuple suisse le 5 juin propose de verser un «salaire» à chacun, sans condition et en remplacement des assurances sociales actuelles. Le montant de ce revenu ne figure pas dans le texte de l’initiative, mais il est estimé à 2500 francs par mois.

 

Une charge insupportable

 

Nathalie Fontanet Députée PLR au Grand Conseil

Un revenu de base pour tout le monde, l’idée peut paraître séduisante, mais ne nous y trompons pas. Après l’initiative sur les salaires minimums, voici un texte supplémentaire qui aurait des conséquences désastreuses pour la prospérité de notre société. Le but est simple: octroyer un revenu à tous les habitants, qu’ils exercent une activité professionnelle ou non. Les initiants préconisent un montant de 2500 francs par personne et par mois! Or, en Suisse, le système de sécurité sociale est très développé et cela grâce au fait que chaque personne en âge de travailler doit pouvoir subvenir à ses besoins.

En cas d’acceptation, les conséquences seraient lourdes et représenteraient une charge insupportable pour le peuple et les entreprises. Afin de financer le RBI, l’Etat devrait collecter 153 milliards d’impôts supplémentaires et cette hausse toucherait directement la classe moyenne, déjà régulièrement prise pour cible. Une augmentation de la TVA serait également à craindre, point primordial que les initiants ont omis de préciser.

Ce texte a par ailleurs un effet pervers non négligeable, car avec le RBI toute personne aurait un revenu assuré, et on se demande bien quel serait l’intérêt pour une personne sans emploi de trouver un travail rapidement. Or nous savons que la valorisation par le travail est primordiale pour les individus et pour le bien-être social. Un revenu de base pour tous conduirait à une défaillance du système alors que les politiques sociales et du marché du travail œuvrent pour une baisse du taux de chômage. En outre, le sentiment d’injustice lié à ces conséquences mettrait en danger la cohésion de notre société.

 

La valorisation par le travail est primordiale pour les individus et pour le bien-être social

 

Enfin, dans le contexte politique actuel, notamment lié à l’initiative sur l’immigration de masse qui aurait pour conséquence de réduire le champ d’employabilité, ce texte sonnerait comme un coup de massue. A l’heure où nos dirigeants fédéraux et cantonaux, mais également les partenaires sociaux, travaillent pour trouver des pistes viables et opportunes pour le maintien d’un marché de l’emploi sain et prospère, le texte risquerait d’affaiblir la motivation à se (ré)insérer professionnellement. Cela nuirait d’autant plus à la compétitivité des entreprises locales. Parallèlement, l’attrait que représenterait un RBI pourrait conduire à une hausse de l’immigration.

Hausse des impôts, démotivation au travail, injustice sociale, déséquilibre économique, voilà une liste peu élogieuse ne reflétant pas les valeurs de la Suisse, qui a été bâtie grâce à la responsabilité et au travail de chacun. Engagés pour la société et conscients de la nécessité d’y apporter leur part, les Suisses devront se montrer fermes et refuser ce texte, car les belles promesses cachent de lourdes conséquences.

 

 

 

 

Une base pour entreprendre

 

Anne-Béatrice Duparc Membre du comité de l’association BIEN-Suisse

Le revenu de base inconditionnel (RBI) est une rente mensuelle, suffisante pour vivre, accordée à tous, sans condition, et cumulable avec les autres revenus. Il permet d’assurer une stabilité financière personnelle de base. Son montant, qui sera déterminé ultérieurement, est estimé aujourd’hui à 2500 francs par adulte et 625 francs par enfant. En votant aujourd’hui le principe du RBI, le peuple ne prend aucun risque, car les applications pratiques seront le fruit d’un long processus démocratique.

Notre protection sociale a été pensée pour le XXe siècle, en complément à l’emploi salarié. Depuis quelques années, l’Université d’Oxford et dernièrement Davos nous avertissent: automatisation et numérisation engendreront d’ici à vingt ans une disparition progressive de centaines de milliers d’emplois en Suisse. Employés de bureau, caissiers, chauffeurs, personnel de réception, postiers, comptables, laborantins sont parmi les premiers menacés. Le RBI, sur lequel nous voterons le 5 juin, permettra à la Suisse de s’adapter à ce changement de manière dynamique et rapide.

Le RBI permet de concilier sereinement vie de famille, parcours de formation, vie professionnelle et temps libre. Il constitue une reconnaissance du travail non rémunéré, majoritairement exercé par les femmes, qui travaillent bien plus souvent que les hommes à temps partiel. Loin de cantonner à la maison ou dans un bas salaire, le RBI offre une base économique solide, pour vivre, entreprendre et négocier un contrat de travail satisfaisant.

 

Le RBI permet de concilier sereinement vie de famille et vie professionnelle

 

Dans une économie mondialisée, le RBI pourra booster l’activité économique locale, favoriser le repeuplement de zones rurales, la création d’activités et la transition écologique. Beaucoup de métiers aujourd’hui difficilement rentables (agriculteurs, petits commerçants, etc.) pourront exister sans peur du lendemain. La génération Z, les nouveaux entrepreneurs, pourra s’investir dans l’innovation de notre pays. Selon un sondage représentatif récent, seuls 2% des Suisses arrêteront de travailler avec un RBI, 22% lanceront une activité indépendante et 54% se formeront.

Toutes les avancées sociales ont suscité des craintes. Le vote des femmes, l’abolition du travail des enfants, la journée de travail de 8 heures, les congés payés allaient ruiner l’économie. Le RBI peut être financé en Suisse sans coût supplémentaire majeur, comme démontré sur rbi2016.ch. On peut même anticiper des économies importantes sur les coûts de la santé, comme ce fut le cas au Canada. Burn-out, bore-out ou présentéisme représentent des coûts humains et économiques considérables.

Le RBI ne constitue pas une charge, il s’agit d’un investissement. Voter oui au RBI, c’est permettre aux citoyens de créer en confiance chaque jour la richesse de notre pays.

(Créé: 18.03.2016, 09h16)

Nathalie Fontanet, députée PLR au Grand Conseil

Anne-Béatrice Duparc, membre du comité de l’association BIEN-Suisse

 

 

 

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