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Le RBI est une idée porteuse d’avenir

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Date: 
25.04.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

Le RBI est une idée porteuse d’avenir
Le Temps26 avril 2016RICHARD EISLER FONDATEUR ET PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ADMINISTRATION DE COMPARIS.CH SA

Il y a un an, si quelqu’un avait tenté de me convaincre que le revenu de base inconditionnel (RBI) était une bonne chose, l’économiste que je suis aurait souri. Et pourtant, j’ai essayé d’ébaucher la loi de Moore – la puissance des ordinateurs double tous les deux ans – sur une feuille de papier: prenez une feuille A4 et dessinez en bas une ligne chronologique de 1950 à 2010 par tranches de deux ans. Partant de 1950, dessinez une courbe qui s’élève à un millimètre en 1952, à deux millimètres en 1954, puis à 4, 8 millimètres, etc. En 1966, quand la ligne atteindra 128 millimètres, vous vous demanderez combien de feuilles il vous faudra encore pour prolonger la ligne jusqu’en l’an 2010. Sur combien de feuilles miseriez-vous?
La feuille devrait faire 1073 km de long si l’on voulait y tracer toute la courbe de 1950 à 2010, selon la loi de Moore. Grâce à cette expérience, j’ai pu visualiser pour la première fois la signification d’une évolution exponentielle.
La peur latente de l’avenir
En raison de l’évolution exponentielle de la puissance, la capacité de notre smartphone au fond de notre poche est bien supérieure à celle de certains superordinateurs au tournant du millénaire. Mais elle donne également à beaucoup le désagréable sentiment de ne plus arriver à suivre l’évolution technologique. Une peur latente de l’avenir les envahit – à juste titre.
Depuis mi-janvier, les utilisateurs téléphonant via Skype profitent gratuitement d’une interprétation simultanée, actuellement disponible en 8 langues.
Des algorithmes dotés d’une intelligence artificielle offrent des analyses des données d’imageries de mammographies meilleures que celles des radiologues – qui jugent parfois des tumeurs plus graves qu’elles ne le sont ou, inversement, ne décèlent pas d’autres tumeurs malignes, etc.
Grâce aux ordinateurs, les voitures et camions seront bientôt plus sûrs qu’avec des hommes au volant. Uber n’aura plus besoin de conducteurs. Certains diront qu’il y a déjà eu de telles suppressions d’emplois par le passé, qu’elles font partie de l’évolution structurelle et que la plupart de ceux qui voient leur profession disparaître trouveront tôt ou tard une nouvelle activité. Mais laquelle?
Nous aurons besoin de plus d’ingénieurs, de physiciens et de mathématiciens. Mais nous ne pourrons pas reconvertir chaque traducteur, radiologue, conducteur de camion ou chauffeur de taxi en mathématicien. De plus en plus de personnes ressentent ce tournant et en ont peur. Ils sentent qu’un jour leur travail pourrait perdre toute valeur parce que des machines l’effectuent (presque) gratuitement avec une meilleure fiabilité et qualité. Ils craignent pour leur existence.
L’initiative d’un revenu de base inconditionnel arrive à point nommé. La Confédération veille à son introduction. Le salaire de base doit permettre à l’ensemble de la population de mener une existence digne et de prendre part à la vie publique. La loi règle le financement et le montant du revenu de base. Mais l’initiative reste très ouverte, sans indiquer de montant pour le salaire de base, et le parlement jouit d’une très grande liberté d’application.
Seuls les Etats qui réussiront à attirer les meilleurs talents mondiaux sans se replier sur eux ni craindre l’envahissement pourront résister à la concurrence internationale et garantir leur prospérité. Le revenu de base inconditionnel est également nécessaire parce que la crainte de voir disparaître des emplois engendrera une cascade de lois, qui anéantira la valeur ajoutée de l’évolution technologique: des camions et taxis autonomes ne seront autorisés à circuler qu’avec chauffeur; les radiologues devront continuer à étudier chaque mammographie alors que des algorithmes ont à maintes reprises prouvé leur supériorité sur les capacités humaines. La Suisse pourra rester un pays ouvert sur le monde, libéral et prospère à l’unique condition que la population ne craigne plus pour son existence.
De fait, nos assurances sociales et notre aide sociale nous assurent déjà un RB ( revenu de base). Puisque la recherche d’emploi sera de plus en plus vaine pour bon nombre de citoyens à l’avenir, nous devons remplacer le concept d’assistance par le revenu de base inconditionnel. En effet, dépendre toute une vie de l’assistance n’est pas acceptable!
Certaines personnes se contenteront de leur revenu de base. Mais l’être humain veut pouvoir agir et être fier de ses actes. C’est pourquoi, malgré le revenu de base inconditionnel, beaucoup chercheront toujours des possibilités de mettre leurs capacités individuelles à profit. Ils se trouveront des tâches que les machines ne peuvent réaliser et qui apporteront une valeur ajoutée plus que matérielle. A côté d’une économie hautement efficace, entièrement automatisée, résistant à la concurrence mondiale et assurant le bienêtre matériel, une économie parallèle permettra à la majorité des citoyens de trouver une activité ayant du sens pour eux et un moyen de compléter leur revenu de base.
Quant à l’initiative populaire sur le salaire inconditionnel de base, le Conseil fédéral et le parlement ont malheureusement manqué de formuler une vision pour la Suisse qui dépasse les considérations des prochaines votations et élections. Gouverner c’est prévoir!

Personal info
Contributor: 
Anne Berguerand
Organisation, Media, etc: 
Le Temps