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Bataille autour du revenu de base universelle: 986 ou 2500 francs?

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Date: 
09.03.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

Bataille autour du revenu de base universelle: 986 ou 2500 francs?

Le coprésident de la Campagne suisse pour le RBI, Ralph Kundig réagit à l’estimation un peu basse que fait le philosophe belge Van Parijs de la hauteur de ce revenu

Un revenu de base de Fr. 986.- pour vivre en Suisse? C’est avec surprise que nous avons lu en vos colonnes cette proposition du philosophe belge M. Philippe Van Parijs qui dit que le montant proposé de Fr. 2’500.- pour le Revenu de base inconditionnel «… est irréaliste, car trop élevé» et que le montant de «986 francs par mois […] serait un point de référence réaliste»!

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L’initiative fédérale sur laquelle nous allons voter le 5 juin ne fixe aucun montant, mais précise que le RBI «doit permettre à l’ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique». Un montant de Fr. 2’500.- a été avancé par les initiants en se référant à l’AVS dont la rente maximale pour une personne seule s’élève à Fr. 2’350.-. Ce montant a été repris comme base de discussion par les acteurs politiques.

L’initiative est un projet réaliste parce qu’elle permet d’introduire un RBI se substituant simplement à la première tranche de revenu qui couvre les besoins fondamentaux. Pratiquement toute personne en Suisse dispose déjà d’une manière ou d’une autre d’un revenu au moins équivalent à Fr. 2’500.-. Remplacer cette tranche de revenu ne représente pas réellement un coût supplémentaire ni pour l’économie ni pour l’État.

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Économiquement parlant, le RBI représente un volume annuel de 200 milliards, soit donc près d’un tiers du PIB suisse. Cependant, le financement réel nécessaire ne s’élève qu’à 20 milliards de francs. Il s’agit du coût du RBI pour les personnes n’ayant pas actuellement un revenu au moins égal à son montant. Parmi les méthodes de financement possibles, l’approche de l’économiste Marc Chesney, une microtaxe sur tous les paiements électroniques, est séduisante. Un taux de 0.02% suffirait à récolter ces 20 milliards.

Longtemps considéré comme utopie, le RBI est aujourd’hui entré en force dans l’actualité. Pourquoi un tel regain d’intérêt? Les progrès technologiques sont en train de modifier considérablement nos méthodes de productions. Avec l’intelligence artificielle, la robotique ou l’ubérisation, la 4e révolution industrielle va détruire 50% des emplois d’ici 20 ans et en créer très peu. Telles sont les conclusions de diverses études techniques, du forum de Davos et de Thomas Flatt, le président de swissICT.

Que les machines nous remplacent au travail n’est pas mauvais en soi, c’est la réalisation d’un vieux rêve de l’humanité. Nous pourrons nous consacrer à des tâches plus nobles et plus humaines. Mais comment obtiendrons-nous encore le revenu nécessaire pour consommer les fruits de l’automatisation et comment financerons-nous nos retraites?

Par la redistribution d’une part des bénéfices de la production, le RBI est la réponse logique à cette évolution. De nombreux penseurs et décideurs du monde entier l’ont bien compris. C’est ainsi que l’année prochaine, il sera introduit en Finlande et testé en Hollande. Le Québec ou le Mexique projettent son introduction et il est étudié comme solution réaliste par plusieurs gouvernements européens.

Les nombreux avantages du RBI

Outre son effet redistributif, le RBI a de nombreux avantages. Il simplifie un État social devenu trop complexe et soulage les institutions sociales de leur tâche de contrôle. Il n’a pas d’effet de seuil inhibant l’insertion professionnelle puisque tout gain s’y additionne. Il renforce le pouvoir de négociation du salarié qui n’est plus contraint d’accepter n’importe quelle offre d’embauche pour survivre.

Un sondage représentatif récent indique qu’avec le RBI, 54% des Suisses poursuivraient leur formation, 22% se lanceraient en indépendant et seuls 2% renonceraient à leur travail. Le RBI valorise l’activité sous toutes ses formes, qu’elle soit rémunérée ou non. Pour l’entrepreneur, le RBI soutient la prise de risques et le décharge en même temps de sa responsabilité d’assurer la survie de ses employés. Il peut plus aisément ajuster le volume de travail aux besoins de l’entreprise.

Inscrire le RBI dans la Constitution

Le RBI avantage les familles et apporte une indépendance économique à chacun de ses membres. Il permet de réduire son temps de travail pour voir ses enfants grandir ou être proche aidant. En jouant le rôle d’allocation d’étude, le RBI démocratise la formation tout au long de la vie pour pouvoir s’adapter à l’évolution rapide des besoins en qualifications.

L’initiative qui sera soumise au vote ne propose à ce stade que d’inscrire le principe du RBI dans la constitution. Elle laisse toute latitude au processus politique de notre pays pour décider du rythme de son application. Le risque n’est donc pas de voter oui au principe, mais, en disant non, d’exclure la possibilité pour notre pays de s’adapter au changement rapide de société en cours. Les Suisses saisiront-ils cette opportunité? Nous le saurons le 5 juin.

Personal info
Contributor: 
Mathieu Despont
Organisation, Media, etc: 
Le Temps