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Revenu de base: belles salades de printemps

Français
Date: 
17.11.2013
Type source: 
Media: 
PLR

L’initiative populaire pour un revenu de base a atteint les 126’000 signatures et commence à faire débat sur la place publique. L’émission de la RTS nous apprend que les milieux syndicaux et les partis de droite rejettent fermement l’initiative. Certains élus de gauche ne sont pas tendre avec non plus.

En observant les communications des différents acteurs, je constate que tant l’opposition à l’initiative que les initiants tombent dans les arguments utilitaristes et les paroles superficielles. Ce sont souvent des suppositions sur les effets sur le travail et l’incitation à “ne rien faire”, ou encore des questions quant aux montants colossaux pour financer un revenue de base théorique de 2’500 CHF. Cependant, personne ne semble vouloir analyser les phénomènes économiques qui sont en jeux et qui pourraient, pourtant, apporter un éclairage salvateur sur cette initiative.

La proposition pour un “Revenu de base inconditionnel” a le mérite d’ouvrir une réflexion sur le fonctionnement de notre Etat providence et de la redistribution des richesses au sein de la société. Cependant, en estimant que la vie donne automatiquement droit à un revenu pécuniaire, elle occulte les concepts de production de richesse, de nature du salaire et de la monnaie

revenu_universel

Prenons un exemple simple: un jardin potager et des salades. Pour illustrer l’exemple, je vais faire appel à mes amis Alice, Bob et Charles.

Cultiver un potager est un travail en soi. Bob y passe du temps et cela lui demande des efforts physiques, voire intellectuels. Pour tout ce travail, il ne touche pas un centime. « Injustice que voilà ! », vous diront les initiants. Ils appliquent à la lettre la fameuse maxime « Tout travail mérite salaire » et estiment que le revenu de base couvrira le salaire de toutes ces petites choses de la vie courante, des travaux bénévoles, etc.

Alice ne souhaite pas entretenir son jardin elle-même. Elle demande à Charles de le faire. Il lui rend volontiers ce service, mais demande, en contrepartie, à être payé et perçoit un salaire au sens commun du terme. L’exemple montre qu’un salaire est le résultat de la vente de son propre temps et de ses ressources intellectuelles ou physiques à autrui.

Pour pouvoir payer Charles, Alice passe le temps qu’elle n’a pas utilisé pour le jardinage à réaliser d’autres activités. Ces dernières doivent lui rapporter au minimum de quoi fournir le salaire promis. Admettons qu’elle profite d’accumuler des heures supplémentaires dans son travail. Son propre salaire horaire couvre les frais de Charles et lui laisse un léger bénéfice en prime.

Au final, Bob a passé du temps et se retrouve avec des salades à manger. Alice a payé quelqu’un, mais se retrouve avec des salades et des fonds supplémentaires. Charles, rendant des services de jardinage à plusieurs personnes, mais n’appréciant pas les légumes, ira acheter des steaks au marché.

L’analyse et la description des échanges économiques deviennent rapidement complexes, ce qui me force à borner ma démonstration à la culture des salades et à laisser de côté, le travail d’Alice, le boucher de Charles ou encore les investissements pour mettre en place les jardins.

Alice et Bob se retrouvent les deux avec une richesse créée et très vite consommée, une salade. Bob l’a produite, lui-même. Alice a effectué un autre travail et perçu de l’argent qu’elle a dû partiellement dépenser pour Charles. Pour Alice, l’argent n’a servi que d’intermédiaire afin de produire la richesse qui reste une salade.

L’exemple montre ainsi que Bob a déjà perçu son salaire puisqu’il a obtenu une salade tout comme Alice. Cette dernière a simplement encaissé un salaire plus important que Bob, car elle réalisait un travail plus rémunérateur pendant que Charles produisait la salade pour elle.

Il n’y a donc aucune injustice. L’exemple peut être répliqué sur tout un tas d’autres services courants, certains ne produisant pas vraiment de richesses perceptibles (faire le ménage par exemple). Il n’empêche que, se rendre service à soi même, c’est déjà toucher son salaire puisqu’on bénéficie directement de la richesse produite

L’argent, dans tout ça, reste un intermédiaire pour permettre aux gens d’échanger des services entre eux. Par exemple, Charles étant carnivore, mais ne sachant cultiver que des jardins, échange des services avec Alice. Il s’occupe de son jardin, elle lui vend de l’argent qu’il peut vendre au boucher contre son steak. De là, il découle qu’en tant qu’intermédiaire, l’argent devient lui-même une richesse et comme nous l’avons vu, il faut produire la richesse.

Ce principe de base restera même si on étend le système à toute une communauté, un pays, un continent, le monde ou même des échanges intergalactiques.

Ce principe, c’est celui qui ne rend soudainement plus le revenu de base inconditionnel si inconditionnel que ça. Pour pouvoir distribuer à tout le monde le revenu, il faut produire la richesse qu’il représente. Sans ça, le revenu prend la forme de petits billets imprimés avec des jolis dessins, mais qui ne valent … rien.

Les initiants proposent ainsi différents modes de financement jouant grosso modo sur l’impôt à la consommation (TVA) ou l’impôt sur le revenu (IFD) … c’est en réalité les deux faces d’une même pièce. Reprenons nos trois personnes en système fermé et finançons un revenu de base par l’impôt sur le revenu pour terminer la preuve.

Dans un premier temps, la caisse de distribution du revenu, appelée Etat, est vide. Deux choix s’imposent pour Etat. Il emprunte pour verser immédiatement le revenu ou il perçoit un impôt initial. Etat étant prudent, il décide d’applique la seconde solution, ne voulant pas s’encombrer de dettes et d’intérêts.

Etat ne peut pas imposer les salades de Bob, donc il doit trouver de quoi payer 3 revenus de base auprès uniquement d’Alice et de Charles. Ensuite seulement, il distribuera le revenu fixe.

La terrible réalité se dessine. Non seulement le revenu inconditionnel d’Alice n’est rien d’autre qu’une part du fruit de son travail pris par Etat et qui lui est ensuite rendu, mais en plus, une autre part de son travail est prise pour être donnée à Bob. Il en va de même pour Charles.

Résultat des courses. Alice aura toujours produit une richesse plus importante qu’une simple salade, mais se retrouve avec une salade et moins d’argent que prévu. Bob aura toujours produit qu’une salade, mais se retrouvera avec une salade et une part de l’argent d’Alice et de Charles.

Je laisse au lecteur le soin de réaliser l’exercice si Etat décide de choisir la voie de l’emprunt.

Même si l’économie est plus compliquée que l’exposé ci-dessus, les principes universels restent valables en tout temps. Vous pouvez étendre la démonstration à tous les domaines de l’économie, il n’en reste pas moins que le revenu de base n’est pas un revenu de base, il n’est pas inconditionnel ni universel, c’est un simple mécanisme de redistribution de l’Etat.

Les initiants auraient mieux fait d’appeler directement un chat, un chat et de faire une initiative pour un impôt négatifConcept théorisé depuis longtemps par des économistes qui voyaient là un moyen de se débarrasser des assurances sociales et ainsi de simplifier grandement le système distributif de l’Etat.

C’est une volonté plus que louable, à laquelle je souscrirais s’il ne restait pas un noeud à résoudre:

L’injustice justice sociale du fait que Bob perçoit l’argent des autres sans être réellement dans le besoin.

Pour cela, une solution serait de revoir le concept d’impôt négatif pour prendre en compte l’épargne accumulée dans le passé. Cependant, cette solution n’est pas facilement applicable dans les limites du respect de la sphère privée. J’exposerai prochainement un développement de l’idée d’abandon de l’Etat social au profit d’un impôt négatif ajusté contre le phénomène du passager clandestin que représente Bob.

Jérémy Berthet conseiller communal PLR de Bourg-en-Lavaux

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Mathieu Despont
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