Vous êtes ici

Le revenu de base inconditionnel est-il économiquement valide ?

Français
Date: 
20.03.2016
Type source: 
Media: 
Le Matin dimanche

Sergio Rossi Professeur d’économie à l’Université de Fribourg

OUI«Le revenu de base inconditionnel est un régime qu’on arrive à financer. Concrètement, pour distribuer 2500 francs par mois à chaque adulte en Suisse, il faudrait prélever 60 milliards aux assurances sociales, 130 milliards au système économique avant le versement des salaires et des profits. Et il faudrait trouver quelque 20 milliards supplémentaires. Soit via une augmentation de la TVA, mais on prélèverait d’une main ce que l’autre a donné… Une autre source pourrait être, par exemple, une taxe sur les transactions financières et/ou électroniques. Le revenu de base aurait plusieurs avantages, comme permettre aux travailleurs à bas salaire de négocier une rémunération plus élevée, ou encourager certains à se lancer dans une nouvelle activité. Cela pourrait d’ailleurs stimuler davantage l’innovation. Sans pour autant décourager les jeunes, car je ne crois pas qu’une vie avec 2500 francs par mois soit très gaie. Le revenu de base permet aussi d’éliminer un système d’assurances sociales très bureaucratique. Les expériences au Canada ont montré que le taux d’emploi remonte avec un revenu de base. Les gens à l’aide sociale se laissent aller car ils ont le sentiment d’être marginalisés. Avec un revenu de base, les gens se donnent du mal pour augmenter leur revenu. Dans les sondages, 98% des gens disent d’ailleurs qu’ils continueront à travailler. Même si 60% des sondés pensent que les gens travailleront moins. Et puis quelle est l’alternative? Laisser pour compte ceux qui ont de faibles qualifications et pour qui il y aura de moins en moins d’emplois?»

Stéphane GarelliProfesseur à l’IMD de Lausanne

NON«Le revenu de base inconditionnel, c’est un retour au système antique du pain et des jeux. Comme à Rome. Et je rappelle que ça s’est mal fini. Il y a d’abord un problème moral à traiter de la même manière celui qui se lève tous les matins pour se battre et réussir et celui qui regarde la télévision toute la journée. Et puis, économiquement, ça ne tient pas la route. Une économie doit créer de la richesse pour pouvoir ensuite dépenser cette richesse, notamment pour la solidarité, comme les infrastructures ou les assurances sociales. Une société prospère doit avoir un taux d’emploi haut. En Suisse, par exemple, il est de 60% alors qu’il est seulement de 42% en France. Le succès, c’est lorsque beaucoup de gens contribuent à la création de richesses, donc au travail et à l’impôt. Mais moins il y a de gens qui travaillent et plus ils doivent payer d’impôts pour les autres. Rien n’est vraiment gratuit dans la vie et comme disait Tim Cook, directeur d’Apple, si quelque chose est gratuit, c’est que c’est vous le produit. Il faut travailler pour avoir un certain standard de vie. Et je ne crois pas que les robots vont remplacer l’homme. Qui développera les machines? Qui assurera la compétence? Qui fabriquera l’acier, les robots? Ce sera un déplacement du travail. Sans oublier que le financement du revenu de base n’est pas assuré. La taxe sur les flux financiers, c’est la fameuse taxe Tobin. Or il faudrait que tout le monde la mette en application. Et en même temps. Sinon, les flux financiers s’en iront ailleurs. C’est donc un doux rêve. »
 

Personal info
Contributor: 
Mathieu Despont
Organisation, Media, etc: 
Le Matin dimanche