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L’émergence des robots menace l’emploi masculin

Français
Date: 
03.09.2015
Type source: 
Media: 
Le Temps

 

L’automatisation risque de creuser les inégalités sociales, argumente l’homme d’affaires Jerry Kaplan

A en croire les sondages de journaux anglo-saxons, jusqu’aux deux tiers de la population est persuadée que les robots vont un jour remplacer les êtres humains et prendre le contrôle de la planète. «Sachant que près de 60% d’Internet est aujourd’hui automatisé, je ne trouve pas ce pourcentage choquant», résume Jerry Kaplan, auteur de best-sellers sur les nouvelles technologies et gourou californien du numérique. Invité mardi soir du Commonwealth Club de San Francisco, première arène de débat public des Etats-Unis – par sa taille et son ancienneté –, il a présenté sa vision futuriste liée à l’essor de l’intelligence artificielle. Parmi l’audience hétéroclite: dix étudiants de hautes écoles vaudoises, sélectionnés notamment par la Banque Cantonale Vaudoise pour participer cette semaine au traditionnel camp d’immersion à la Silicon Valley. Petit florilège.

Les robots, signale Jerry Kaplan, sont par essence des psychopathes incapables d’éprouver de l’empathie pour autrui. Leur essor a pour principal corollaire l’automatisation des tâches humaines. Quel type d’emploi est menacé? «A terme, aucun métier n’est à l’abri, estime-t-il. Même si pour l’heure, les machines pour remplacer la main-d’œuvre humaine effectuant des tâches ingrates, pénibles et répétitives.» C’est-à-dire, en grande majorité des postes de travail masculins. Selon le scientifique, aujourd’hui reconverti en écrivain-investisseur, les professions principalement féminines (infirmière, puéricultrice, etc.) sont moins en danger, car beaucoup plus difficiles à reproduire par les technologies actuelles.

Toutefois, affirme Jerry Kaplan, la robotisation de toute la société semble inéluctable. L’expert prédit même au phénomène une accélération ces cinq prochaines années. «Je ne suis pas contre l’automatisation, mais j’espère que la population de machines évoluera progressivement, soit de la manière la moins douloureuse possible pour l’emploi. Car il faut permettre aux personnes mises au chômage de se former à de nouveaux métiers», préconise-t-il.

Se préparer dès à présent au choc, en instruisant en amont les travailleurs concernés paraît vain. «Les technologies évoluent si rapidement que l’enseignement aura toujours un temps de retard. Mes filles, par exemple, sont aujourd’hui actives dans les médias sociaux et l’éducation en ligne. Elles exercent des professions qui n’existaient pas lorsqu’elles étaient encore à l’école», indique Jerry Kaplan.

Autre écueil majeur de la robotisation, selon Jerry Kaplan: l’élargissement du fossé entre les riches et les pauvres. «Seuls les détenteurs du capital vont profiter de la «disruption» industrielle amenée par les machines. Le pire étant qu’après les cols-bleus, ce soit au tour de la classe moyenne d’être visée», craint-il. Un antidote à cette paupérisation sociale serait d’adapter la législation et la fiscalité pour mieux redistribuer les richesses. A travers par exemple «une imposition dégressive des sociétés, en fonction de leur nombre d’employés», préconise le futuriste.

Cascade de questions morales

A en croire Jerry Kaplan, la popularisation des robots soulève aussi une cascade de questions morales et sociétales profondes. «Prenez une voiture autonome, confrontée à un enfant qui traverse la rue à l’improviste. Que doit faire la machine face à ce potentiel accident? Ecraser l’enfant pour préserver la vie du conducteur ou forcer le véhicule à entrer en collision avec un obstacle pour le sauver? Une autre option serait d’ordonner à la voiture de monter sur le trottoir pour protéger l’enfant et le conducteur, mais au risque de tuer un éventuel piéton. Pour savoir où placer le curseur, la réflexion sur l’encadrement des machines doit s’effectuer collectivement, à l’échelle de la société», explique celui qui se bat pour introduire des cours d’éthique – discipline encore embryonnaire – à l’Université de Stanford, pépinière de la Silicon Valley.

Jerry Kaplan est un entrepreneur en série, aujourd’hui âgé de 63 ans. Il est notamment à l’origine d’innovations ayant servi à développer les premiers smartphones et autres tablettes. Et est devenu riche en vendant, voilà plus d’une décennie, son site de ventes en ligne OnSale – plateforme antérieure à eBay –, pour 400 millions de dollars.

Dejan Nikolic

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Ralph Kundig
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Le Temps