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PANEM ET CIRCENSES

Français
Date: 
22.05.2016
Type source: 
Media: 
Hebo

Jacques Neirynck

Nous voterons sur le revenu de base inconditionnel (RBI) le 5 juin. L’initiative sera rejetée, mais il est de bon ton de se féliciter qu’elle ait été introduite car cela a « lancé le débat ». En d’autres mots, ce serait une lacune de notre législation, qui devrait ou sera tôt ou tard comblée. Le principe est simple : tout citoyen possède une créance sur l’Etat. Ou encore, même s’il refuse de travailler alors qu’il le pourrait, il a droit à un salaire.

Cela renforcerait la cohésion sociale, dit-on. Bien entendu les initiants se sont gardés de préciser la source de financement de ce pactole. Selon un spécialiste de l’Université de Fribourg, Sergio Rossi, cela impliquerait forcément la perception d’un impôt supplémentaire, qui selon la règle pèserait plus lourd sur les hauts revenus que sur les faibles. Cela donnerait ceci pour un RBI de 2500 CHF. Un revenu salarial de 5000 CHF sera augmenté à 5900 CHF puisqu’une contribution à la caisse RBI de 1600 CHF viendra grever son revenu. En revanche un salarié touchent 12 000 CHF devra verser 4000 CHF dans la caisse du RBI et verra son salaire diminuer à 10500 CHF. Seul toucheront intégralement les 2 500 CHF du RBI ceux qui n’ont pas d’autre ressource.

Il n’y a donc pas de miracles. Un RBI très modeste reviendra à augmenter les impôts de la classe moyenne et ne profitera guère aux salariés les plus modestes. On pourrait tout aussi bien aggraver la progressivité des impôts pour en arriver au même résultat. Est-ce politiquement possible en votation populaire ? On peut se permettre d’en douter. Est-ce économiquement profitable ? Oui, car les faibles revenus sont intégralement réinjectés dans le circuit de la consommation. Non, si les titulaires de revenus plus élevés votent avec leurs pieds et s’en vont vers des pays moins rapaces.

Le concept de RBI évoque deux précédents historiques. Dans la Rome antique, les plébéiens percevaient des allocations des notables et, surtout, étaient conviés à des jeux de cirque particulièrement répugnants par les candidats au pouvoir : le peuple attendait de l’Etat « panem et circenses » du pain et des jeux. On a vu ce que cela a donné. De même en Union soviétique tous les travailleurs percevaient pratiquement le même salaire quelle que soit leur qualification. On a aussi vu ce que cela a donné.

En supposant qu’il soit possible de collecter par un impôt à la source 32% des revenus pour le RBI, la question demeure de savoir s’il n’y a pas un meilleur usage pour cette masse financière. Par exemple en augmentant les allocations familiales, en payant un salaire pour le conjoint qui reste à domicile, en finançant la formation continue. Et surtout en donnant à ceux qui n’ont rien parce qu’ils ne sont ni citoyens, ni résidents munis de papiers, à savoir les réfugiés politiques ou économiques que la Suisse accueille à contre cœur, prétendument faute de moyens. Cela améliorerait vraiment la cohésion internationale.

Personal info
Contributor: 
Mathieu Despont
Organisation, Media, etc: 
Hebo