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De quoi le RBI est-il le nom

Français
Date: 
03.06.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

Du RBI, il restera cette interrogation: si le travail paye de moins en moins, qu’est-ce qui fait la valeur d’un citoyen dans une société?

Il ne fait pas de doute que l’initiative sur le revenu de base ne va passer l’épreuve du vote. Il ne fait pas de doute non plus que le RBI a déclenché un débat public fécond comme rarement vu. Dans les pages opinions des quotidiens, sur les réseaux sociaux, chez les nouveaux prescripteurs que sont les humoristes, le revenu de base a été l’objet de toutes les attentions.

Les «pros» ont été pour la plupart mesurés, prudents et ils ont témoigné d’un véritable désir de débat. Dans le camp opposé, les arguments sont tombés de manière beaucoup plus massive. On n’ose même pas évoquer le cas du parti socialiste qui a vécu avec cette campagne une crise d’identité. Quand on se nomme socialiste en 2016 et que l’on ne veut pas du RBI, c’est que l’on est passé, au mieux, dans le camp des bourgeois conservateurs, au pire qu’on est scotché devant les vitrines du musée du syndicalisme.

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Le RBI est une jolie idée qu’il ne faut pas appliquer. Jolie car elle a donné un coup de vieux aux appareils politiques. A la manière d’une fleur qui sort du bitume, ce concept a eu le mérite de naître de manière spontanée dans un territoire aride. Le RBI est né à la suite d’une série d’initiatives qui procèdent toutes de la même inquiétude face aux échecs de la globalisation: l’écart de richesse grandit, la classe moyenne se paupérise et la redistribution est en panne.

Il ne faut pas pour autant mettre en place un RBI dont personne ne sait comment il sera financé sans mettre en péril tout l’Etat Providence patiemment construit sur des décennies. Il faudra, certes, réformer le filet social mais pas de cette manière. Et pas avec un dispositif dont personne n’arrive à déterminer le coût. Reste qu’une question centrale du débat de ce printemps reste pertinente: si le travail paye de moins en moins, il n’est pas ridicule de s’interroger sur ce qui fait la valeur d’un citoyen dans une société.

Les appareils à idées que sont censés être les partis ont séché sur cette interrogation. Et ils n’ont pas grand-chose à proposer de neuf, au grand désespoir des plus jeunes. La génération Y croit en effet beaucoup plus au RBI que les autres pour une bonne raison. C’est la première qui gagnera moins que celle de ses parents. Les «millennials» ne souhaitent pas l’avènement d’une nouvelle utopie mais des propositions concrètes. Pour eux, le temps presse.

Personal info
Contributor: 
Mathieu Despont
Organisation, Media, etc: 
Le Temps