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Le revenu de base bouscule les codes de campagne

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Date: 
24.05.2016
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24 Heures

Le revenu de base bouscule les codes de campagne

Initiative populaireNouveau coup médiatique pour un objet de votation iconoclaste. Une femme recevra le RBI durant un an.

 

14 mars 2016: 1000 billets de 10 francs sont distribués en gare de Zurich.Image: Keystone

 

Elle a 30 ans, est Zurichoise, et touchera 2500 francschaque mois durant un an. Carole est devenue par tirage au sort la première personne en Suisse à toucher un revenu de base inconditionnel (RBI). Un coup médiatique de plus des partisans du texte. Si le projet n’a quasi aucune chance dans les urnes, il a révolutionné la façon de mener campagne.

Il y a trois ans, un camion déversait 8 millions de pièces de5 centimes sur la place Fédérale pour marquer le dépôt de l’initiative. Début mars, les partisans distribuaient1000 billets de 10 francs en gare de Zurich pour lancer la campagne. Il y a dix jours, ils installaient sur la plaine de Plainpalais à Genève la plus grande affiche du monde. A chaque fois, les médias sont au rendez-vous.

Créativité

«Quand on a peu de moyens, on doit faire avec beaucoup de créativité, sourit Daniel Häni, entrepreneur à l’origine de l’initiative. Nous ne sommes pas des politiciens, mais des citoyens. Dans notre organisation, on ne dit pas aux gens ce qu’ils doivent faire, on leur laisse une liberté totale.» Il en ressort des coups médiatiques. Bon marché qui plus est. «Prenez le billet de 10 francs. Cette action nous a coûté 10 000 francs. Tout le monde en a parlé, nous avons fait la une des journaux! Pour avoir le même impact, il aurait fallu débourser des centaines de milliers de francs en publicité.»

Combien les initiants ont-ils déboursé jusqu’ici? Daniel Häni assure n’en avoir aucune idée. «Il n’y a pas de structure dirigeante. Les revenus proviennent de dons, et de financement participatif sur Internet. Chaque section récolte de l’argent et réalise les actions qu’elle souhaite.»

Pour Mark Balsiger, expert en communication, les initiants ont bien compris que la langue d’une campagne est visuelle. «Lorsqu’ils distribuent de l’argent, ils touchent à un tabou. Le but est de choquer et d’attirer l’attention. Et ça marche! Tous les photographes et toutes les télévisions sont là. Les publicitaires ont aussi de telles idées; mais, en général, ce sont les clients qui freinent. Ils n’aiment pas les campagnes qui sont trop modernes ou révolutionnaires.» C’est toute la différence avec les partisans du RBI qui utilisent les réseaux sociaux à un niveau rarement atteint jusqu’ici.

Les questions de fond que pose le RBI sont-elles toutefois évoquées? «Bien sûr, répond Daniel Häni. Une action spectaculaire interpelle les gens. Ils ont envie de savoir de quoi il s’agit. De plus, lorsque des médias parlent de vous, ils détaillent aussi vos objectifs.» Un avis partagé par le politologue Louis Perron. «C’est une campagne engagée et créatrice sur la forme, qui a permis de parler du fond. Des thèmes comme le rôle de l’Etat providence ou le travail comme sens à l’existence ont été abordés.»

Pour comprendre l’originalité de la campagne, Oscar Mazzoleni, politologue à l’Université de Lausanne, remonte aux origines de l’initiative. «Sa particularité est d’être née en dehors des partis politiques. Si, dans le passé, ce genre d’initiative n’a eu aucune chance d’émerger, l’évolution récente semble marquer un tournant: des changements socioculturels, des formes de défiance vis-à-vis des élites traditionnelles, des logiques nouvelles de formation de l’opinion politique et de faire campagne, grâce notamment aux médias sociaux, font que l’issue de ces initiatives est moins escomptée.» En ce sens, il n’est pas surpris de la logique suivie par les initiants. «Ils ont défini un label commun, mais chacun peut s’approprier le concept.»

La société civile en force

Le RBI peut-il faire tache d’huile et inspirer d’autres campagnes? «L’avenir de la Suisse se fera de plus en plus avec la société civile.» Daniel Häni en est convaincu, «les partis doivent changer leur structure archaïque, où tout est décidé par les organes dirigeants». Pour Oscar Mazzoleni, des défis nouveaux se dessinent pour les partis. Il rappelle l’excellent score de l’initiative Minder, ou le soutien à «Pro Service Public», deux textes portés surtout par des personnalités extérieures au monde politique. Il évoque aussi la forte mobilisation pour rejeter la deuxième initiative de l’UDC «Pour le renvoi effectif des criminels étrangers».

Pas sûr toutefois que l’emballement médiatique soit à nouveau au rendez-vous, note Mark Balsiger. «Si le revenu de base inconditionnel intéresse à ce point, c’est peut-être aussi parce qu’il s’agit d’un projet utopique, et qu’il n’a aucune chance de passer le cap d’une votation populaire.»(24 heures)

(Créé: 24.05.2016, 06h39)

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Anne Berguerand
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