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Le revenu de base inconditionnel? C'est du «populisme intellectuel»

Français
Date: 
03.05.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

Le comité des opposants au RBI fera une campagne à petit budget, avec des arguments et images chocs

Un homme en surpoids est assis sur un canapé. Son débardeur blanc est maculé de taches de graisses. Devant lui, des canettes de bière vides, des tranches de pizza et un cendrier débordant. Une couronne de roi vissée sur la tête, il nargue l’objectif. Slogan de ce visuel présenté mardi à Berne: «2500 francs par mois, qui paiera?»

L’affiche donne le ton de la campagne lancée par les opposants à l’initiative populaire «Pour un revenu de base inconditionnel» (RBI), soumise au vote le 5 juin. Représentants du PS, du PDC, des Vert’libéraux, du PBD, du PLR et de l’UDC s’accordent à dire que le RBI s’assimile à une «expérience artistique», qui menacerait les systèmes économiques et social suisses. Une dangereuse invitation à l’oisiveté, selon ces politiques.

Affiche du comité des opposants au RBI

Campagne sans argent

Et tandis que les partisans du RBI distribuaient des billets de dix francs pour inaugurer leur campagne, les opposants, eux, comptent bien dépenser le moins possible dans l’opération. «Nous n’avons presque pas de moyens à disposition, affirme Petra Gössi, la présidente du PLR. Mais malgré les sondages des dernières semaines (ndlr: l’initiative est créditée de 72% de non par le premier sondage SSR), nous allons faire campagne». Les opposants distilleront slogans et images chocs et promettent d’être très présents sur les réseaux sociaux.

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Ceux qui misaient sur une votation permettant l’ouverture d’un débat de fond sur l’organisation du travail, les assurances sociales ou encore la réalisation de soi devront repasser. Les opposants au RBI n’ont pas l’intention de faire dans la dentelle. Même si, dans le comité, deux formations, le Parti socialiste et les Vert’libéraux, affichent une sympathie avec l’objectif de base des initiants. Mais, «2500 francs par mois sans condition, c’est trop et trop peu à la fois, estime la conseillère nationale Suzanne Leutenegger-Oberholzer (PS/BL). Le RBI conduirait à une forte pression sur les salaires et à une augmentation du travail au noir.» Sa collègue Kathrin Bertschy (Vert’libéraux/BE) voit dans le RBI une fausse promesse. Faute de financement suffisant et assuré, «le revenu de base inconditionnel devra être réduit à niveau qui ne permettrait plus une existence humaine digne à chacun.»

Mais quel message donnerions-nous à nos enfants avec le RBI? C’est un modèle opposé aux fondements de notre Suisse.

Au sein des autres partis du comité d’opposants, le non est plus catégorique. Il s’accompagne même d’une dose d’agacement dans la bouche de Lorenz Hess (PBD/BE): «Avec cette initiative, on peut parler, en forçant un peu le trait, d’une sorte d’abus des instruments démocratiques. D’autres plateformes auraient permis de discuter d’une telle idée. Le RBI relève d’une forme de populisme intellectuel». Géraldine Marchand-Balet (PDC/VS) y voit aussi une profonde remise en question de la valeur du travail: «Mais quel message donnerions-nous à nos enfants avec le RBI? C’est un modèle opposé aux fondements de notre Suisse.»

Enfin, le président de l’USAM et conseiller national Jean-François Rime (UDC/FR) craint des conséquences économiques lourdes: «Une acceptation de cette initiative conduirait certaines entreprises à délocaliser». Et l’élu UDC d’ajouter: «Le RBI versé à tous les résidents pourrait aussi attirer plus d’étrangers en Suisse. Et surtout ceux qui ont beaucoup d’enfants». Allusion au fait qu’un revenu de base serait aussi versé aux mineurs.

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Mathieu Despont
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