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J'ai distribué les billets de 10 francs dans le calme. L'ambiance était sacrale

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Date: 
20.03.2016
Media: 
Le Matin dimanche

Un lundi. A la gare de Zurich. Avec, à la main, une bonne liasse de billets de 10 francs. La situation n’est déjà pas des plus rassurantes. Et, en plus, il faut distribuer les petites coupures. Y aura-t-il une cohue? Des gens s’énerveront-ils? Essaieront-ils d’arracher physiquement les billets jaunes? Irina Studhalter ne cache pas qu’elle avait une petite appréhension avant l’action choc. Au début de cette semaine, le Comité pour un revenu de base inconditionnel a en effet lancé sa campagne pour les votations du 5 juin. Et, en guise de flyers, 1000 billets de 10 francs ont été distribués aux passants avec un petit autocollant en forme de cœur. 

«Nous avions fixé des règles, explique la Lucernoise de 22 ans, membre des Jeunes Verts. Je donnais un seul billet à la fois. Et, si une personne exprimait l’envie d’obtenir plus d’argent, je lui demandais combien elle voulait. Et je lui donnais le nombre de billets qu’elle avait demandé. » Un peu plus loin, d’autres gens du comité conservaient une partie de l’argent. «Mais il n’y a eu aucun problème de sécurité, ajoute Irina Studhalter. L’ambiance était calme. Sacrale, je dirais même. Les gens ne parlaient pas. Ils attendaient. J’étais même surprise que ce soit si calme et qu’il y ait si peu de stress. »

Tout salaire mérite-t-il travail?

Les réactions, elles, ont été multiples. «Quelques passants, très peu, quatre ou cinq personnes au maximum, ont refusé en disant «non merci», se souvient-elle. Et de raconter que d’autres étaient surpris, puis convaincus qu’ils s’agissaient de faux billets. Ils étaient très peu à demander plus d’argent: la majorité a simplement accepté poliment le billet de 10 francs. Au final, l’opération de communication a été excellente pour les initiants. Les images ont fait le tour de la Suisse et ont même été diffusées à l’étranger. C’est qu’elles sont autant fascinantes que dérangeantes. Comme le texte de l’initiative, d’ailleurs, qui demande que tous les Suisses reçoivent un revenu mensuel de 2500 francs. Sans aucune contrepartie. 

«Je suis consciente que c’est une opération choc, presque provocante, mais c’est le thème qui est provocant, poursuit Irina Studhalter. Les gens ne comprennent pas pourquoi nous donnons de l’argent sans condition. Nous brisons un tabou. Il ne s’agit plus de travailler pour de l’argent. Nous voulons différencier travail et salaire. Je ne suis pas sûre que nous allons gagner la votation, mais nous aurons permis un débat sur une question importante. » Comme l’action choc, c’est bien sûr notre rapport à l’argent que l’initiative nous interroge. Et, plus profondément, elle remet en cause le célèbre «tout travail mérite salaire». 

«En Suisse, nous avons une approche calviniste du travail, explique Stéphane Garelli, le célèbre économiste. La réussite au travail, c’est presque un succès accordé par Dieu. Le travail représente plus que le travail économique. Les gens au chômage ne se sentent pas bien. C’est comme s’ils perdaient leur place voire leur identité au sein de la société. »

L’adage est tellement ancré que l’inverse est devenu tout aussi vrai: tout salaire mérite travail. Professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), Jean-Michel Servet rappelle que des études prouvent que, psychologiquement, ceux qui reçoivent finissent par mépriser celui qui donne s’il n’y a pas une réciprocité possible. «Nous vivons dans un monde où il faut souffrir, travailler dur pour recevoir un salaire. C’est ça, la pensée dominante», rappelle-t-il. Et d’expliquer que cette initiative veut inverser la relation de la dette entre l’individu et la société: «Aujourd’hui, on considère que chaque individu doit quelque chose à la société, et là c’est la société qui devrait quelque chose à l’individu. »

L’idée d’un revenu de base pour tous fait son chemin. Et d’autres pays que la Suisse – de la Finlande aux Pays-Bas en passant par les Etats-Unis – mènent des expériences. Reste que la Suisse, avec sa démocratie directe, sera le premier pays à voter sur la question. Chez les politiciens, même à gauche, on hésite. Beaucoup. Mathias Reynard (PS/VS) avait réagi à chaud lundi en disant qu’il n’aurait probablement pas accepté le billet de 10 francs. A froid, il persiste: «J’aime bien l’idée de renverser les valeurs. Mais je ne peux pas soutenir cette initiative. Je suis dans une logique syndicale. Je suis non seulement dans une logique du «tout travail mérite salaire». Mais j’ajoute que le salaire doit être décent, qu’il doit permettre de vivre correctement. Aujourd’hui, il y a des gens qui travaillent et qui n’ont pas une vie facile, voire qui n’arrivent pas à s’en sortir. C’est là que se trouvent les vraies questions urgentes dans nos sociétés. » Inutile aussi de parler à Pascal Couchepin du revenu inconditionnel. «J’ai une vision marxiste et chrétienne du travail, explique l’ancien conseiller fédéral. Je crois que le travail est essentiel à l’accomplissement même de chaque être humain. Priver les gens de travail, c’est leur interdire de se réaliser. »

«Des Prométhée et des Bouddha»

Bref, le travail, c’est la santé. Oui, hier peut-être, répondent ceux qui soutiennent l’initiative. Mais demain? Guy-Olivier Segond, ancien conseiller d’Etat genevois, lui aussi un radical historique, tient justement ce discours. «Qu’en est-il de la société qui vient? demande-t-il. Pourrons-nous vraiment donner du travail à tous ceux qui voudront travailler? Au WEF, on parle de la quatrième révolution industrielle. Avec un monde où il y aura plus d’automatisation, d’informatisation et de robotisation. C’est l’ubérisation de notre société. Et le phénomène est en marche. Les gens sentent déjà les prémices. Il y aura donc moins d’emplois, et le salariat aura moins d’importance. Il y a vingt ans on disait: «Tu ne feras peut-être pas le même métier toute ta vie. » Aujourd’hui, on pourrait dire: «Je ne sais pas si tu vas travailler toute ta vie. » Le Genevois ajoute un autre argument: «Il faut simplifier le système des assurances sociales. »

Yves Citton, lui aussi, parle d’une révolution en marche. Suisse d’origine, il enseigne la littérature à l’Université de Grenoble: «Des études d’Oxford prédisent des taux de chômage de 30% dans la prochaine décennie. » Codirecteur de la revueMultitudes, cet écrivain propose même une nouvelle définition du travail, basée sur l’économie de l’attention. «Aujourd’hui, surfer sur Internet crée de l’argent. Et les flux d’argent s’alignent de plus en plus sur cette attention que les gens sont prêts à accorder. Il existe aussi d’autres types d’attention, comme s’occuper de son fils ou d’un malade. Aujourd’hui, l’économie traditionnelle ne définit pas ces activités comme du travail parce qu’elles ne sont pas rémunérées. A l’avenir, il pourrait y avoir l’emploi, le travail qui est rémunéré et parfois rébarbatif d’un côté, et un travail, de l’autre, celui pour lequel la société nous verse un revenu de base. » Et d’ajouter que le fameux «tout travail mérite salaire» n’est qu’un mythe. «Les gens qui gagnent beaucoup d’argent ne sont pas ceux qui travaillent. Mais ceux qui investissent en Bourse, qui spéculent, qui jouent avec l’argent. »

Ceux qui soutiennent l’initiative pour le revenu de base ne veulent donc pas proposer un autre modèle de société. Ils parlent presque, au contraire, de la nécessité d’accompagner l’évolution actuelle. «La vision des Prométhée qui nourrissent des Bouddha semble heurter, des hyperactifs contre des assistés, reprend Guy-Olivier Segond. C’est pourtant déjà le cas. Une minorité de personnes paient la plus grande contribution aux impôts. Nous devons repenser la répartition du travail et des richesses. Notre système touche à ses limites. »

Des robots qui occupent les emplois? Une quatrième révolution? «Le travail est sans limites! Seul son financement peut poser problème», rétorque Pascal Couchepin, qui rappelle que 300 000 frontaliers passent la frontière chaque jour et que 700 000 étrangers travaillent en Suisse: «La réalité, c’est qu’aujourd’hui nous manquons de bras!» Le retraité de Martigny parle même de «farce»: «Tout le monde rêve de s’enrichir sans travailler. Adolescent, je rêvais d’une prairie où il suffisait de se baisser pour ramasser des pièces de monnaie. Une conseillère fédérale socialiste me disait même: il faut libérer les gens du souci du travail et il y aura une explosion de créativité. Or on le voit dans nos vies quotidiennes: en vacances, personne n’est créatif. Et beaucoup de grands génies étaient pressés par les besoins matériels. »

Stéphane Garelli évoque même Rousseau et «le discours sur la naissance des inégalités» pour enfoncer le clou: «Les adeptes du revenu de base pensent, comme Rousseau, que l’homme vivait heureux et qu’il suffisait d’attendre que le fruit mûr tombe de l’arbre pour se nourrir. Malheureusement, il y a eu l’invention de l’agriculture, l’aliénation de l’homme par le travail, et le début de ses malheurs. Et c’est donc bien la valeur du travail qu’on attaque. »

Yves Citton rétorque en citant Diderot et le «bon sauvage»: «Jusqu’au où travaillerez-vous? Quand jouirez-vous?» «Des questions d’une terrible modernité, commente-t-il. Personne ne remet en cause le travail en tant que tel. Il y a eu le «travailler plus pour gagner plus» de Sarkozy. Jusqu’à présent, les débats portaient sur la quantité, nous voulons parler de qualité du travail et du temps libre. » Et, même si on n’est pas d’accord avec le revenu de base, difficile de nier que le débat est intéressant. Bien plus qu’un billet de 10 francs gratuit. 

 

«Nous avions fixé des règles, explique la Lucernoise de 22 ans, membre des Jeunes Verts. Je donnais un seul billet à la fois. Et, si une personne exprimait l’envie d’obtenir plus d’argent, je lui demandais combien elle voulait. Et je lui donnais le nombre de billets qu’elle avait demandé. » Un peu plus loin, d’autres gens du comité conservaient une partie de l’argent. «Mais il n’y a eu aucun problème de sécurité, ajoute Irina Studhalter. L’ambiance était calme. Sacrale, je dirais même. Les gens ne parlaient pas. Ils attendaient. J’étais même surprise que ce soit si calme et qu’il y ait si peu de stress. »

Tout salaire mérite-t-il travail?

Les réactions, elles, ont été multiples. «Quelques passants, très peu, quatre ou cinq personnes au maximum, ont refusé en disant «non merci», se souvient-elle. Et de raconter que d’autres étaient surpris, puis convaincus qu’ils s’agissaient de faux billets. Ils étaient très peu à demander plus d’argent: la majorité a simplement accepté poliment le billet de 10 francs. Au final, l’opération de communication a été excellente pour les initiants. Les images ont fait le tour de la Suisse et ont même été diffusées à l’étranger. C’est qu’elles sont autant fascinantes que dérangeantes. Comme le texte de l’initiative, d’ailleurs, qui demande que tous les Suisses reçoivent un revenu mensuel de 2500 francs. Sans aucune contrepartie. 

«Je suis consciente que c’est une opération choc, presque provocante, mais c’est le thème qui est provocant, poursuit Irina Studhalter. Les gens ne comprennent pas pourquoi nous donnons de l’argent sans condition. Nous brisons un tabou. Il ne s’agit plus de travailler pour de l’argent. Nous voulons différencier travail et salaire. Je ne suis pas sûre que nous allons gagner la votation, mais nous aurons permis un débat sur une question importante. » Comme l’action choc, c’est bien sûr notre rapport à l’argent que l’initiative nous interroge. Et, plus profondément, elle remet en cause le célèbre «tout travail mérite salaire». 

«En Suisse, nous avons une approche calviniste du travail, explique Stéphane Garelli, le célèbre économiste. La réussite au travail, c’est presque un succès accordé par Dieu. Le travail représente plus que le travail économique. Les gens au chômage ne se sentent pas bien. C’est comme s’ils perdaient leur place voire leur identité au sein de la société. »

L’adage est tellement ancré que l’inverse est devenu tout aussi vrai: tout salaire mérite travail. Professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), Jean-Michel Servet rappelle que des études prouvent que, psychologiquement, ceux qui reçoivent finissent par mépriser celui qui donne s’il n’y a pas une réciprocité possible. «Nous vivons dans un monde où il faut souffrir, travailler dur pour recevoir un salaire. C’est ça, la pensée dominante», rappelle-t-il. Et d’expliquer que cette initiative veut inverser la relation de la dette entre l’individu et la société: «Aujourd’hui, on considère que chaque individu doit quelque chose à la société, et là c’est la société qui devrait quelque chose à l’individu. »

L’idée d’un revenu de base pour tous fait son chemin. Et d’autres pays que la Suisse – de la Finlande aux Pays-Bas en passant par les Etats-Unis – mènent des expériences. Reste que la Suisse, avec sa démocratie directe, sera le premier pays à voter sur la question. Chez les politiciens, même à gauche, on hésite. Beaucoup. Mathias Reynard (PS/VS) avait réagi à chaud lundi en disant qu’il n’aurait probablement pas accepté le billet de 10 francs. A froid, il persiste: «J’aime bien l’idée de renverser les valeurs. Mais je ne peux pas soutenir cette initiative. Je suis dans une logique syndicale. Je suis non seulement dans une logique du «tout travail mérite salaire». Mais j’ajoute que le salaire doit être décent, qu’il doit permettre de vivre correctement. Aujourd’hui, il y a des gens qui travaillent et qui n’ont pas une vie facile, voire qui n’arrivent pas à s’en sortir. C’est là que se trouvent les vraies questions urgentes dans nos sociétés. » Inutile aussi de parler à Pascal Couchepin du revenu inconditionnel. «J’ai une vision marxiste et chrétienne du travail, explique l’ancien conseiller fédéral. Je crois que le travail est essentiel à l’accomplissement même de chaque être humain. Priver les gens de travail, c’est leur interdire de se réaliser. »

«Des Prométhée et des Bouddha»

Bref, le travail, c’est la santé. Oui, hier peut-être, répondent ceux qui soutiennent l’initiative. Mais demain? Guy-Olivier Segond, ancien conseiller d’Etat genevois, lui aussi un radical historique, tient justement ce discours. «Qu’en est-il de la société qui vient? demande-t-il. Pourrons-nous vraiment donner du travail à tous ceux qui voudront travailler? Au WEF, on parle de la quatrième révolution industrielle. Avec un monde où il y aura plus d’automatisation, d’informatisation et de robotisation. C’est l’ubérisation de notre société. Et le phénomène est en marche. Les gens sentent déjà les prémices. Il y aura donc moins d’emplois, et le salariat aura moins d’importance. Il y a vingt ans on disait: «Tu ne feras peut-être pas le même métier toute ta vie. » Aujourd’hui, on pourrait dire: «Je ne sais pas si tu vas travailler toute ta vie. » Le Genevois ajoute un autre argument: «Il faut simplifier le système des assurances sociales. »

Yves Citton, lui aussi, parle d’une révolution en marche. Suisse d’origine, il enseigne la littérature à l’Université de Grenoble: «Des études d’Oxford prédisent des taux de chômage de 30% dans la prochaine décennie. » Codirecteur de la revueMultitudes, cet écrivain propose même une nouvelle définition du travail, basée sur l’économie de l’attention. «Aujourd’hui, surfer sur Internet crée de l’argent. Et les flux d’argent s’alignent de plus en plus sur cette attention que les gens sont prêts à accorder. Il existe aussi d’autres types d’attention, comme s’occuper de son fils ou d’un malade. Aujourd’hui, l’économie traditionnelle ne définit pas ces activités comme du travail parce qu’elles ne sont pas rémunérées. A l’avenir, il pourrait y avoir l’emploi, le travail qui est rémunéré et parfois rébarbatif d’un côté, et un travail, de l’autre, celui pour lequel la société nous verse un revenu de base. » Et d’ajouter que le fameux «tout travail mérite salaire» n’est qu’un mythe. «Les gens qui gagnent beaucoup d’argent ne sont pas ceux qui travaillent. Mais ceux qui investissent en Bourse, qui spéculent, qui jouent avec l’argent. »

Ceux qui soutiennent l’initiative pour le revenu de base ne veulent donc pas proposer un autre modèle de société. Ils parlent presque, au contraire, de la nécessité d’accompagner l’évolution actuelle. «La vision des Prométhée qui nourrissent des Bouddha semble heurter, des hyperactifs contre des assistés, reprend Guy-Olivier Segond. C’est pourtant déjà le cas. Une minorité de personnes paient la plus grande contribution aux impôts. Nous devons repenser la répartition du travail et des richesses. Notre système touche à ses limites. »

Des robots qui occupent les emplois? Une quatrième révolution? «Le travail est sans limites! Seul son financement peut poser problème», rétorque Pascal Couchepin, qui rappelle que 300 000 frontaliers passent la frontière chaque jour et que 700 000 étrangers travaillent en Suisse: «La réalité, c’est qu’aujourd’hui nous manquons de bras!» Le retraité de Martigny parle même de «farce»: «Tout le monde rêve de s’enrichir sans travailler. Adolescent, je rêvais d’une prairie où il suffisait de se baisser pour ramasser des pièces de monnaie. Une conseillère fédérale socialiste me disait même: il faut libérer les gens du souci du travail et il y aura une explosion de créativité. Or on le voit dans nos vies quotidiennes: en vacances, personne n’est créatif. Et beaucoup de grands génies étaient pressés par les besoins matériels. »

Stéphane Garelli évoque même Rousseau et «le discours sur la naissance des inégalités» pour enfoncer le clou: «Les adeptes du revenu de base pensent, comme Rousseau, que l’homme vivait heureux et qu’il suffisait d’attendre que le fruit mûr tombe de l’arbre pour se nourrir. Malheureusement, il y a eu l’invention de l’agriculture, l’aliénation de l’homme par le travail, et le début de ses malheurs. Et c’est donc bien la valeur du travail qu’on attaque. »

Yves Citton rétorque en citant Diderot et le «bon sauvage»: «Jusqu’au où travaillerez-vous? Quand jouirez-vous?» «Des questions d’une terrible modernité, commente-t-il. Personne ne remet en cause le travail en tant que tel. Il y a eu le «travailler plus pour gagner plus» de Sarkozy. Jusqu’à présent, les débats portaient sur la quantité, nous voulons parler de qualité du travail et du temps libre. » Et, même si on n’est pas d’accord avec le revenu de base, difficile de nier que le débat est intéressant. Bien plus qu’un billet de 10 francs gratuit. 

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Mathieu Despont
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