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Olli Kangas: «Nous voulons voir ce qui se passera vraiment»

Français
Date: 
06.05.2016
Type source: 
Media: 
Le Temps

Olli Kangas, directeur de recherche à Kela, dirige le projet visant à expérimenter le revenu de base finlandais

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- Le Temps:  Quel objectif la Finlande poursuit-elle en étudiant l’introduction d’un revenu de base inconditionnel?

- Olli Kangas: Le gouvernement en poursuit plusieurs. Le premier est de renforcer l’emploi en accroissant les incitations à travailler. Il cherche aussi à supprimer les pièges bureaucratiques, autrement dit les effets pervers du système qui font qu’une personne sans emploi n’a pas intérêt à chercher du travail.

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Il entend aussi, par cela, les situations où le bénéficiaire d’une prestation sociale doit patienter exagérément avant de pouvoir percevoir ses droits en raison de la complexité du système. Le revenu de base inconditionnel doit améliorer la transparence, et donc la lisibilité du système social. C’est une manière d’éviter que les gens ne plongent dans la précarité en raison de retards administratifs.

- Quel est le risque de voir les gens se détourner du travail, notamment les jeunes en formation?

- Les étudiants reçoivent déjà une aide financière du gouvernement, pour autant qu’ils satisfassent un certain nombre de conditions, prouvent qu’ils progressent, etc.. Un revenu de base ne changerait pas grand-chose dans leur cas. Et même, cela les encouragerait à se consacrer entièrement à leurs études puisqu’ils n’auraient pas de soucis financiers immédiats.

Hormis leur cas, nous ne savons pas si les gens vont continuer de travailler ou, au contraire, passer la journée à boire des bières! C’est pourquoi nous voulons tenter des expériences à échelle réduite afin de voir ce qui se passe réellement.

- Vous parlez d’une allocation mensuelle de 550 euros mensuelle. Peut-on vivre avec une somme aussi modeste?

- Non. Mais elle correspond au plancher absolu que reçoit une personne qui n’a jamais travaillé, sans tenir compte des frais de santé et des allocations de logement, qui sont comptées à part. Cette somme ne serait, en somme, qu’un montant de base, lequel ne viendrait pas remplacer d’autres prestations.

- Comment allez-vous le financer?

- Nous étudions deux scénarios principaux. Le premier est de taxer les revenus selon un taux progressif, sur la base du modèle actuel de l’impôt sur le revenu. L’autre solution vise à prélever des cotisations supplémentaires sur les salaires sur la base d’un taux uniforme, à l’instar des autres assurances sociales. Ce taux serait voisin de 42% et ne concernerait que la part du revenu dépassant le revenu de base, lequel ne serait pas taxé. En raison de sa lisibilité et de sa transparence, c’est cette solution que favorisent les experts.

- Le surcoût ne va-t-il pas peser sur la compétitivité de l’économie finlandaise?

- L’expérience ne portera que sur un échantillon modeste. Cependant, si l’on décide d’implémenter le système dans le pays entier, l’accroissement de la charge fiscale sera réel, quel que soit le modèle finalement retenu. Le but n’est pas d’empêcher l’argent de circuler, mais de remodeler les axes de circulation.

- L’idée d’un revenu inconditionnel a été caressée par la gauche essentiellement. Comment expliquer sa reprise par un gouvernement de droite?

- Le gouvernement actuel est très disposé à expérimenter des solutions nouvelles et a même ouvert un bureau spécialement affecté à cet effet, ce qui est inédit. Toutefois, c’est le résultat de l’expérience qui dictera la suite à donner à cette proposition. S’il n’est pas convaincant, l’idée sera abandonnée.

Personal info
Contributor: 
Anne Berguerand
Organisation, Media, etc: 
Le Temps